« Au Vatican, nous finançons des start-up à supplément d'âme »

Une partie de l'équipe internationale du Laudato Si' Challenge au Vatican en décembre dernier | Eric Harr chez lui à Marin Country, Californie. - Fujio Emura pour Série Limitée (à droite)

Inspirés par l'encyclique du pape François, Eric Harr et son complice Steven Forte, deux serial entrepreneurs américains, ont lancé au Vatican le Laudato Si' Challenge, un accélérateur de start-up engagées pour l'environnement et la justice sociale. Un mix entre les voies du Seigneur et le pragmatisme entrepreneurial, la philanthropie et l'impact investing .

Une partie l'équipe internationale Laudato Si' Challenge Vatican décembre dernier | Eric Harr Marin Country, Californie.(Les Echos entrepreneurs) « J'ai créé plusieurs entreprises, je n'ai jamais travaillé aussi dur sur un projet et j'ai quitté tous mes business pour m'y consacrer entièrement », confie Eric Harr, cofondateur et président d'Imagine Ventures, un fonds d'investissement et accélérateur « d'entreprises innovantes dans la résolution des grands challenges mondiaux », ex-journaliste à CBS News, ex-ambassadeur international pour l'ONG Care et champion
de triathlon. « J'agis vite et je bouleverse les codes », ajoute son ami Stephen Forte. Tout comme Eric, il a déjà vécu plusieurs vies : geek, multi-entrepreneur dans la Silicon Valley et à Hong Kong, cofondateur et dirigeant du fonds d'investissement Fresco Capital (santé, éducation…), philanthrope (il organise chaque année un trek caritatif au Népal). Au Vatican, avec deux autres compères, ils ont lancé le Laudato Si' Challenge pour faire naître dans l'univers des investisseurs « un débat global sur la valeur des entreprises à but lucratif dotées d'une mission ». L'idée naît en novembre 2016 lors d'une conférence sur les vertus de l'impact investing organisée à l'Académie pontificale des sciences. Puis, en avril 2017, une vidéo enregistrée dans la cité papale, intitulée « La raison pour laquelle le seul futur qui mérite d'être conçu inclut tout le monde », agit comme un détonateur. Diffusée lors d'un TEDx, elle est vue par plus de 2,3 millions de personnes. Le speaker ? Le pape François lui-même. Ses premiers mots : « La vie n'existe que dans nos relations avec les autres ». En dix-sept minutes, le souverain pontife y exhorte chacun à l'engagement pour dépasser cette « culture du déchet » qui ne s'applique pas qu'aux biens de consommation, mais aussi aux hommes. « Comme ça serait merveilleux si l'innovation scientifique et technologique créait plus d'égalité et de cohésion sociale ! Les bonnes intentions ne suffisent pas. »

Répondre à l'appel du Pape

Le pape reprenait dans cette vidéo le message qu'il développait dès mai 2015 dans sa seconde encyclique intitulée « Laudato si'- La sauvegarde de la maison commune », six mois avant les cent-cinquante chefs d'Ėtat réunis à Paris pour la Cop21. Il y enjoignait publiquement l'humanité à respecter et protéger notre « mère et soeur la Terre », à « renoncer à transformer la réalité en pur objet d'usage et de domination », à passer « de l'avidité à la générosité et du gaspillage à la capacité de partager (...) Nous savons que les choses peuvent changer (...) Je souhaite saluer, encourager et remercier tous ceux qui, dans les secteurs les plus variés, travaillent pour assurer la sauvegarde de la maison que nous partageons. Ceux qui luttent pour affronter les conséquences dramatiques de la dégradation de l'environnement sur la vie des plus pauvres méritent une gratitude spéciale. Les jeunes se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l'environnement et aux souffrances des exclus. (...) Nous avons besoin d'une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental et ses racines humaines, nous concernent tous. » Et le pape d'insister sur « la grandeur, l'urgence et la beauté » de ce défi, réitérant « l'invitation à chercher d'autres façons de comprendre l'économie et le progrès ».
Message reçu cinq sur cinq par les deux entrepreneurs, Stephen Forte, bien décidé « en tant que citoyen du monde et père de jeunes enfants, à répondre au défi lancé par le pape », et Eric Harr, qui prend la tête du projet. Début juin 2017, ils mettent sur pied en un temps record, à Rome et au Vatican, le « Laudato Si' Challenge » (du nom de l'encyclique) soit un « accélérateur de start-up à but lucratif et dotées d'une mission ». Pour eux, « les crises que nous subissons peuvent être transformées en opportunités de changement ». Le Laudato Si' Challenge entend « réveiller les consciences sur le fait qu'il est urgent et important d'investir dans des entreprises qui visent le profit en servant des causes plus grandes qu'elles-mêmes ». Traduction : « Charité bien ordonnée commence par soi-même », « Aime ton prochain comme toi-même ». Faire de l'argent et faire le bien n'est pas incompatible. Les jeunes entreprises ne doivent plus être forcées de choisir entre le profit pour attirer des investisseurs ou maintenir leur vocation sociale et continuer à dépendre des ONG et des fondations pour leur financement.




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