Amr Aljowaily : L’identité africaine ne s’arrête pas aux frontières du continent
A l’occasion de la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine (31 août), l’ambassadeur Amr Aljowaily, Directeur de la Direction des citoyens et de la diaspora (CIDO) de la Commission de l’Union africaine, revient sur les grands chantiers pour faire de la diaspora un acteur-clé de l’Afrique globale.
Al-Ahram Hebdo : A l’occasion de la Journée internationale des personnes d’ascendance africaine, comment transformer le simple sentiment d’appartenance en un partenariat stratégique pour le développement de l’Afrique ?
Amr Aljowaily : Le 31 août n’est pas seulement une date sur le calendrier des Nations-Unies ; c’est devenu pour nous à la CIDO un rendez-vous annuel avec une question simple et exigeante : que faisons-nous, concrètement, de ce lien ? L’appartenance est un sentiment ; le partenariat est une décision. Et cette décision, l’Union Africaine (UA) l’a prise avec constance ces derniers mois : le premier Sommet Union africaine-CARICOM en présentiel, tenu le 7 septembre 2025, a transformé une solidarité historique, celle qui unit l’Afrique et les Caraïbes depuis la traite transatlantique en agenda de coopération économique. Le premier Forum de haut niveau CELAC-Afrique, en mars 2026, a fait de même avec l’Amérique latine. Ce ne sont pas des gestes symboliques, ce sont des instruments de politique étrangère, portés par une diaspora qui n’attend plus qu’on lui accorde une place, mais qui la construit elle-même. Redessiner le rôle de l’Afrique sur la scène internationale, c’est précisément cela : cesser de considérer les centaines de millions d’Africains de la diaspora comme une audience à qui l’on s’adresse, et commencer à les traiter comme une diplomatie à part entière, avec ses réseaux, ses capitaux et sa voix propre. Le partenariat stratégique naît quand l’appartenance devient un mandat, et c’est très exactement le mandat de ma Direction.
— Vous décrivez les expatriés comme « l’Afrique qui reste connectée, ses racines dans le continent, ses branches dans le monde ». Comment l’UA ancre-t-elle le concept de « Global Africa » pour mobiliser les nouvelles générations au service du développement ?
— Cette phrase, je la répète volontiers parce qu’elle dit une vérité que les statistiques migratoires oublient souvent : partir n’est pas se détacher. Le concept de « Global Africa » (l’Afrique globale) part de ce même principe : l’identité africaine ne s’arrête pas aux frontières du continent, elle circule avec ceux qui le portent en eux, où qu’ils vivent. L’Union africaine ancre aujourd’hui ce concept par des gestes concrets plutôt que par la seule rhétorique. Le concept de « Global Africa » se manifeste aussi au Conseil de sécurité des Nations-Unies sous la forme d’une coopération entre les trois membres africains du Conseil « A3 » qui coordonnent désormais leurs positions avec les partenaires caribéens dans une configuration que la diplomatie onusienne a surnommée « A3+1 » sur des dossiers aussi sensibles que la réforme du Conseil lui-même ou la justice réparatrice.
Sur le plan économique, la Banque africaine d’import-export donne à cette même idée un rendez-vous annuel et un lieu : le Forum africain-caribéen du commerce et de l’investissement, ACTIF. Ce sont deux économies, deux diplomaties, qui se retrouvent, année après année et vote après vote, du même côté de la table. Voilà, très concrètement, ce que « Global Africa » signifie pour moi : une géographie de la solidarité qui ne connaît plus l’Atlantique comme frontière, mais comme un trait d’union.
— En parlant d’une force considérable, près de 350 millions de personnes réparties entre les Amériques, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, quel est le rôle économique de cette diaspora dans le soutien au développement du continent africain ?
— Trois chiffres, pour commencer. A peu près 140 milliards de dollars : c’est ce que les Africains de la diaspora ont envoyé au continent en transferts de fonds, rien qu’en 2024 — davantage que l’aide publique au développement reçue la même année, et bien au-delà de ce que beaucoup de pays attirent en investissements directs étrangers. Entre deux et trois cent cinquante millions : c’est la taille de cette diaspora en fonction de la définition et des critères utilisés. Et un seul mot pour résumer ce qu’elle transporte au-delà de l’argent : compétences. Des professionnels de santé qui renforcent nos systèmes hospitaliers, des ingénieurs qui révisent nos normes d’infrastructure, des chercheurs qui co-signent avec nos universités — j’en vois des exemples chaque semaine dans mon travail. Le rôle économique de la diaspora n’est donc pas seulement celui d’un bailleur de fonds familial, aussi vital soit-il pour des millions de foyers africains ; c’est celui d’un investisseur, d’un transmetteur de savoir-faire et, de plus en plus, d’un acteur diplomatique qui porte les intérêts du continent dans les capitales où il vit. Notre défi, à la CIDO, n’est pas de convaincre la diaspora de contribuer, elle le fait déjà, massivement. Notre défi est de transformer une générosité individuelle, transfert par transfert, en stratégie collective de développement. Lire la suite ICI
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