Et si le Sommet de la Francophonie de 2028 devenait un projet économique pour le Canada?

 


Notre patrimoine commun, le français, représente un actif économique insuffisamment valorisé.

La candidature du Canada pour accueillir le Sommet de la Francophonie de 2028 représente, à juste titre, une source de fierté pour les communautés francophones du pays. Elle offre l’occasion de mettre en lumière la vitalité de la francophonie canadienne, de réaffirmer l’engagement historique du Canada au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie et de rappeler la contribution singulière du pays à la construction d’un espace de coopération unique au monde.

Au-delà du rendez-vous culturel et diplomatique, la candidature canadienne pourrait être aussi l’occasion d’engager une réflexion plus fondamentale sur l’avenir même de la Francophonie dans un monde traversé par des mutations profondes. En effet, la question qui se pose aujourd’hui n’est plus seulement celle de la place du français dans le monde, elle est également celle de la place de la Francophonie dans l’économie mondiale. Et cette interrogation mériterait d’être posée avec lucidité.

En réalité, l’espace francophone n’a jamais été aussi vaste ni aussi stratégique. Avec ses 90 États et gouvernements membres, associés ou observateurs répartis sur les cinq continents, il constitue l’un des principaux ensembles de coopération internationale contemporains. Plus encore, son centre de gravité démographique se déplace progressivement vers l’Afrique, où se concentrera 85 % de la population francophone d’ici 2050. Cette dynamique confère à la Francophonie une profondeur humaine, territoriale et économique exceptionnelle.

Un espace économique

Pourtant, malgré son poids démographique, institutionnel et géopolitique, la Francophonie demeure insuffisamment pensée comme un espace économique. Si la langue, l’éducation, la culture ou la gouvernance démocratique demeurent des priorités essentielles, elles ne peuvent répondre à elles seules aux défis d’une époque marquée par la recomposition des chaînes de valeur mondiales, l’accélération des transitions technologiques, les bouleversements climatiques et les transformations démographiques. Si le français demeure notre patrimoine commun, il représente aussi un actif économique encore insuffisamment valorisé.

À l’heure des égoïsmes étatiques, de la redéfinition des stratégies d’influence, des rivalités géopolitiques et des compétitions interétatiques pour l’attrait des talents, des investissements et de l’innovation, les États francophones gagneraient à considérer leur appartenance à la Francophonie non seulement comme un héritage historique, mais également comme un levier puissant de développement collectif.

Or, un paradoxe très frappant demeure en Francophonie : d’un côté, notre espace peut compter sur une jeunesse nombreuse, dynamique et éduquée, des ressources naturelles stratégiques abondantes, des écosystèmes entrepreneuriaux en plein essor, des réseaux universitaires dynamiques et des traditions institutionnelles compatibles. De l’autre, les échanges intrafrancophones restent modestes, les investissements croisés sont limités et la circulation des compétences encore trop souvent freinée par des obstacles administratifs, réglementaires ou financiers. La Francophonie possède les atouts essentiels d’un espace économique d’avenir sans avoir pleinement développé les instruments lui permettant d’en exploiter toutes les potentialités.

C’est précisément dans cette perspective que la candidature du Canada, forte de l’engagement historique du Québec et de sa contribution déterminante à l’essor de la francophonie économique, pourrait revêtir une importance particulière.

Le Canada occupe une position singulière au sein du monde francophone. Puissance du G7, le Canada est un acteur majeur de l’économie du savoir, un partenaire privilégié de l’Europe et un interlocuteur reconnu auprès de nombreux pays africains. Il se situe au croisement de plusieurs espaces économiques et géopolitiques. Peu de pays sont aujourd’hui en mesure d’établir un dialogue aussi naturel entre les réalités du Nord et celles du Sud, entre les économies avancées et les marchés émergents, entre les impératifs de compétitivité et les exigences du développement inclusif.

Cette position lui confère une responsabilité particulière : contribuer à l’émergence d’une vision renouvelée de la francophonie économique. Une telle ambition suppose toutefois de dépasser l’approche strictement sectorielle des enjeux économiques. Elle invite plutôt à réfléchir à ce qui pourrait constituer le véritable projet fédérateur de la Francophonie du XXIe siècle.

À cet égard, la notion de mobilité économique mérite une attention particulière. Lire la suite sur ledevoir

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