Allocution et réponses aux questions des médias de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Alice N'Diaye, Ministre des Affaires étrangères de la République de Madagascar, à l'issue de leur entretien, Moscou, 19 juin 2026


 Mesdames et Messieurs,

Chers journalistes,

Les négociations avec mon homologue malgache Alice N'Diaye se sont déroulées dans un esprit amical et de confiance et ont été très riches en contenu.

Il s'agit de notre premier contact. Madame la Ministre a été nommée à ce poste il y a seulement quelques mois. Nous nous réjouissons qu'Alice N'Diaye ait pu se rendre en Fédération de Russie dès le début de son mandat. Je suis heureux de faire sa connaissance.

Nous avons constaté le développement progressif de nos relations, dans le prolongement des accords conclus lors de la rencontre entre le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine et le Président de la Refondation de la République de Madagascar, Michaël Randrianirina, à Moscou en février 2026. Un examen de l'ensemble de nos relations y avait été réalisé et des objectifs stratégiques avaient été fixés, vers lesquels nous progressons dans les domaines économique, militaire, militaro-technique, social et éducatif. Nous en avons parlé en détail aujourd'hui. Nous poursuivons l'objectif de renforcer la coordination dans les affaires internationales et régionales, y compris sur les problèmes complexes et les crises qui persistent sur le continent africain.

Nous avons confirmé notre ferme volonté d'approfondir le dialogue politique. Nous sommes convenus de favoriser le renforcement des liens interparlementaires. Des groupes d'amitié ont été créés à la chambre basse de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie et à l'Assemblée nationale de Madagascar. Des contacts ont été planifiés, notamment au niveau des partis, ainsi qu'entre les représentants des ministères et départements concernés dans tous les domaines que j'ai mentionnés.

Nous partageons l'avis unanime qu'il est nécessaire d'élargir substantiellement la coopération commerciale et économique. Des perspectives existent dans des domaines tels que l'énergie, les transports, l'exploration géologique, l'extraction et la transformation des ressources naturelles.

En 2015, un Accord intergouvernemental sur l'utilisation de la dette de Madagascar envers la Fédération de Russie a été conclu avec les prédécesseurs des autorités actuelles de Madagascar, en vue du financement de projets de développement sur le territoire de cet État insulaire. Nous avons des propositions quant à la mise en œuvre de ce document. Nous sommes convenus de définir des modalités concrètes et mutuellement acceptables pour y parvenir.

Nous intensifions les travaux visant à perfectionner le cadre juridique et conventionnel de nos relations bilatérales. Plusieurs projets sont actuellement sur la table des négociations. Ils correspondent manifestement aux intérêts des deux parties.

La Russie apporte son concours à la partie malgache dans la résolution de problèmes socio-économiques graves et dans la formation des cadres nationaux dans les spécialités civiles. Nous continuerons à renforcer notre aide à la création d'un potentiel antiépidémique propre à Madagascar. Tout récemment, le 9 juin, un nouveau lot d'aide humanitaire a été remis à nos amis afin de surmonter les conséquences des cyclones Fytia et Gezani, qui se sont abattus sur les régions orientales de l'île cette année.

Nous avons discuté des perspectives de mise à contribution des possibilités de l'Académie diplomatique du MGIMO du Ministère russe des Affaires étrangères pour le perfectionnement professionnel des fonctionnaires malgaches. Aujourd'hui, Madame la Ministre a rencontré le recteur du MGIMO Anatoli Torkounov. Un mémorandum d'entente a été signé. L'intérêt pour de tels stages au sein de notre Académie diplomatique est réel. Nous le soutiendrons par tous les moyens et nous nous efforcerons de répondre aux attentes de nos amis.

Nous avons échangé nos points de vue sur les problèmes régionaux et internationaux d'actualité, y compris notre interaction au sein de l'ONU, les objectifs liés à la poursuite de la démocratisation des relations internationales fondée sur l'application loyale, et non sélective, de tous les principes de la Charte des Nations unies dans leur intégralité et leur interrelation.

Nous souhaitons également approfondir la coopération sur d'autres plateformes multilatérales. Nous avons confirmé la position de principe de la Russie quant à la nécessité de renforcer substantiellement le rôle de l'Afrique dans les mécanismes de gouvernance mondiale, y compris l'ONU et son Conseil de sécurité.

Nous avons hautement apprécié l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies, en décembre 2025, d'une résolution proclamant le 14 décembre Journée internationale de la lutte contre le colonialisme. Ce document, ce qui est très important, rappelle entre autres la responsabilité historique des anciennes métropoles coloniales. Nous confirmons notre solidarité avec l'Afrique, qui a d'ailleurs été l'un des principaux moteurs du processus de décolonisation. Nous défendrons de nouvelles mesures visant à éliminer les vestiges des pratiques coloniales et néocoloniales.

Nous développerons également nos relations avec l'Union africaine. Nous espérons que le troisième sommet Russie-Afrique, qui se tiendra à Moscou en octobre 2026, portera ces relations à un nouveau niveau. Nous nous sommes réjouis que Madame la Ministre ait confirmé la participation du Président de la Refondation de la République de Madagascar Michaël Randrianirina à ce sommet.

Outre l'Union africaine, nous disposons de documents de coopération avec d'autres organisations du continent africain, à savoir la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Comesa). Madagascar est membre de ces deux structures. Nous sommes convenus aujourd'hui que la coopération de la Russie avec ces ensembles d'intégration complètera de manière organique les relations bilatérales entre nos pays.

À la demande de nos amis, nous avons exposé nos évaluations de ce qui se passe actuellement par rapport à l'Ukraine. Nous avons remercié nos collègues pour leur position pondérée et équilibrée sur cette situation ainsi que pour leur refus de soutenir les résolutions antirusses promues par Kiev et l'Occident à la tribune de l'Organisation mondiale. Nous avons réaffirmé les approches maintes fois exposées, y compris ces dernières semaines, par exemple les 17 et 18 juin année à Kazan, lors du sommet Russie-Asean, par le Président russe Vladimir Poutine concernant la situation actuelle et le règlement de cette crise sur la base, je le souligne encore une fois, de l'éradication des causes profondes du conflit actuel, qui est une guerre déclenchée par l'Occident contre la Fédération de Russie par les mains et les corps du régime illégitime de Kiev.

Nous partageons la même évaluation en ce qui concerne la situation au Moyen-Orient et la République islamique d'Iran. Nous espérons que le mémorandum signé entre Washington et Téhéran permettra d'empêcher toute reprise des violences.

Je remercie une fois encore mon homologue pour son travail productif et je lui cède la parole.

Question: Le continent africain devient aujourd'hui l'un des principaux centres du monde multipolaire, mais les pays occidentaux continuent néanmoins d'exercer leur influence sur les États africains. Comment la Russie peut-elle modifier sa stratégie sur le continent africain afin que notre amitié politique soit pleinement complétée par des projets mutuellement avantageux et économiquement viables?

Sergueï Lavrov: Il ne s'agit pas de changer de stratégie, mais de la mettre en œuvre. Dès le début de la décolonisation, le principal moteur de ce processus a été l'Union soviétique: c'est précisément à notre initiative qu'a été adoptée en 1960 la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Dans les années qui ont suivi, l'URSS a aidé stratégiquement les pays africains à renforcer leur structure étatique en créant les fondements de l'industrie nationale, du secteur agricole, des systèmes d'éducation et de santé. Des centaines d'entreprises industrielles ont été construites, permettant de transformer les matières premières, dont le continent africain est très riche, en produits finis et de leur apporter une valeur ajoutée.

L'Occident a procédé autrement. Depuis, il a été contraint de quitter la majeure partie du continent africain, mais certains, notamment les Français, conservent encore une présence illégale, y compris sur des îles qui appartiennent à Madagascar. Cela a été confirmé à maintes reprises par des résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies. Mais les Français ne veulent pas en partir, de même qu'ils ne veulent pas quitter un certain nombre d'autres pays africains où leur présence est également illégale.

L'Occident exploitait les ressources naturelles et tirait des bénéfices immenses en raison du fait qu'il produisait lui-même toute la valeur ajoutée aux ressources naturelles africaines et recevait des revenus considérables, disproportionnés à sa contribution au développement du continent africain.

Je le répète, l'Union soviétique a adopté une stratégie de promotion de l'industrialisation. Aujourd'hui, alors que nous nouons de nouvelles relations avec l'Afrique depuis le début des années 2000 et que nous avons l'opportunité de mettre en œuvre des projets concrets, nous revenons à une stratégie visant à garantir l'autosuffisance de nos amis africains. Les mesures concrètes pour la mise en œuvre de cette stratégie seront au centre du troisième Sommet Russie-Afrique, qui, comme je l'ai dit, se tiendra à Moscou en octobre 2026. Son ordre du jour comprendra non seulement des domaines traditionnels tels que l'énergie, y compris l'énergie nucléaire, et l'alimentation, mais aussi les technologies numériques, l'intelligence artificielle et, surtout, l'examen du développement futur de systèmes de paiement fiables et indépendants.

Je crois que nous sommes sur la bonne voie. Nos partenaires africains tirent des avantages considérables de ce type d'événements, car après chaque sommet, les relations pratiques reçoivent un élan supplémentaire. Notre chiffre d'affaires croît rapidement. Il atteindra bientôt 30 milliards de dollars, alors qu'il y a 15 à 20 ans, nous n'avions que des montants très modestes. Nous mettons en œuvre un programme Dette contre développement. Nous avons annulé la majeure partie de la dette des États africains envers nous, soit plus de 20 milliards de dollars. Nous avons converti les faibles montants restants, dans la plupart des cas, en Dette contre développement, ce qui signifie que nous utiliserons les fonds qui nous sont dus pour investir conjointement avec les États africains dans leurs économies.

Je pense donc que nous sommes sur la bonne voie.

Question: Le président américain Donald Trump a déclaré qu'après la fin de la guerre avec l'Iran, il reprendrait le processus de paix en Ukraine. Quelles sont les attentes de la Russie à cet égard? Ne craignez-vous pas que Washington puisse se détourner de ce dossier? Lire la suite ICI

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