Comité de Compétitivité: Opérationnalité des Mesures Incitatives dans le Secteur Agro-pastoral et Halieutique au Cameroun

 


Le Cameroun s'est doté d'un arsenal juridique conséquent pour stimuler l'investissement dans le secteur agricole, un pilier stratégique de la SND30. Pourtant, les résultats peinent à convaincre. Un nouveau rapport du Comité de Compétitivité lève le voile sur les raisons de ce paradoxe.

L'ambition est claire : avec la loi sur les incitations à l'investissement privé, les dérogations spéciales des Lois de Finances, et des dispositifs comme les zones économiquement sinistrées (ZES), l'État multiplie les outils pour attirer les capitaux et moderniser le secteur.

Mais les résultats de terrain sont contrastés.

L'étude révèle un déficit criant d'information : seulement 29% des producteurs et 25% des importateurs connaissent les textes en vigueur. Les procédures sont jugées trop complexes, les délais de traitement (parfois supérieurs à 3 mois) sont perçus comme un frein, et l'interprétation variable des textes par les agents publics complexifie l'accès.

Que retenir de ce bilan ?

1️⃣ Des opportunités mal exploitées. Si les exonérations de TVA, droits de douane ou impôts existent, leur accès reste limité aux mieux informés, souvent les grandes entreprises, tandis que les coopératives, GIC et petits producteurs restent en marge.

2️⃣ Des goulots d'étranglement récurrents. La dématérialisation insuffisante, la faible coordination entre administrations (DGD, DGI, MINADER, MINEPIA) et l'absence de manuel de procédures clair créent un environnement d'insécurité juridique.

3️⃣ Un impact réel mais inégal. Là où les mesures sont effectives (aquaculture, élevage intensif), elles stimulent l'investissement. Mais leur efficacité est réduite par une faible répercussion des avantages sur les prix des intrants, et des détournements fréquents de destination.

Quelles pistes d'amélioration ?

Pour rendre ces dispositifs véritablement opérationnels, le rapport recommande :
🔹 Simplifier les procédures et accélérer les délais d'octroi via un guichet unique digitalisé ;
🔹 Harmoniser le cadre juridique entre les différents régimes (droit commun, zones franches, APE) ;
🔹 Renforcer la communication et la vulgarisation des dispositifs en milieu rural ;
🔹 Mettre en place un mécanisme de suivi-évaluation pour mesurer l'impact réel des exonérations sur la productivité ;
🔹 Renforcer les capacités des agents des administrations centrales et déconcentrées.

Un levier de transformation à réactiver

À l'heure où le Cameroun ambitionne de devenir un nouveau pays industrialisé, l'efficacité des incitations fiscales n'est pas un sujet technique secondaire. C'est un levier stratégique pour attirer l'investissement.

L'étude appelle à une refonte de l'architecture des incitations, en mettant l'accent sur l'inclusion des petits producteurs et la digitalisation des procédures.

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