Cameroun-Nigeria : Yaoundé et Abuja resserrent leur coopération militaire face aux menaces frontalières

 


Le Cameroun et le Nigeria ont franchi un nouveau pas dans leur coopération sécuritaire. Les deux pays ont signé, le 16 juin 2026 à Yaoundé, un mémorandum d’entente en matière de défense destiné à renforcer la coordination de leurs actions face aux menaces qui continuent de peser sur leur frontière commune. Le document a été paraphé par le ministre camerounais de la Défense, Joseph Beti Assomo, et le chef de la défense nigériane, le général Christopher Gwabin Musa, en visite officielle de travail au Cameroun.

Cette signature intervient dans un environnement régional qui reste fortement dégradé. Le Cameroun et le Nigeria partagent près de 1 700 kilomètres de frontière et font face, depuis plus d’une décennie, à des menaces communes dans le bassin du lac Tchad. Boko Haram et sa branche dissidente, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), y demeurent actifs, tandis que les enlèvements, les trafics illicites et les mouvements de groupes armés continuent d’alimenter l’insécurité dans plusieurs zones frontalières, notamment dans l’Extrême-Nord camerounais.

Une coopération ancienne, mais des menaces toujours mobiles

Au fil des années, Yaoundé et Abuja ont déjà construit une coopération militaire étroite, en particulier dans le cadre de la Force multinationale mixte, qui associe également le Tchad et le Niger. Cette coordination a contribué à affaiblir plusieurs bastions jihadistes et à réduire les capacités d’action de groupes armés opérant dans la région. Mais les résultats engrangés n’ont pas fait disparaître la menace. Les incursions sporadiques, la circulation des armes, les trafics transfrontaliers et l’instabilité persistante dans certaines zones montrent les limites d’un traitement strictement national de ces défis.

C’est dans ce contexte que le nouveau mémorandum prend son sens. Au-delà de la continuité diplomatique qu’il traduit, il marque la volonté des deux États de densifier leur coopération bilatérale directe, en complément des mécanismes multilatéraux déjà existants. Selon les responsables des délégations camerounaise et nigériane, l’accord prévoit un approfondissement du partage de renseignements, une meilleure coordination des opérations conjointes et un renforcement des mécanismes de coopération militaire bilatérale afin de mieux répondre aux menaces transfrontalières.

Un axe sécuritaire que Yaoundé et Abuja veulent consolider

L’intérêt de cette démarche est aussi politique. En renforçant leur tête-à-tête sécuritaire, le Cameroun et le Nigeria cherchent à consolider un axe bilatéral jugé essentiel dans une région où les groupes armés, les trafics et les réseaux criminels profitent de la porosité des frontières. Le mémorandum ne se limite donc pas à un geste protocolaire. Il traduit la conviction, de part et d’autre, que la sécurité frontalière ne peut plus reposer uniquement sur des réponses fragmentées.

Lors des échanges ayant précédé la signature, les deux parties ont souligné que la sécurisation des espaces frontaliers est devenue un enjeu stratégique majeur, non seulement pour la défense, mais aussi pour la stabilité économique et sociale des deux pays. La fluidité des échanges commerciaux, la circulation des personnes et la mise en œuvre des projets d’intégration régionale dépendent directement de la capacité des États à contenir l’insécurité dans ces zones.

Au-delà de la lutte contre Boko Haram et l’ISWAP, les autorités entendent également renforcer leur coopération face à d’autres formes de criminalité transnationale : trafic d’armes, trafic de stupéfiants, contrebande et réseaux de migration clandestine. Autant de phénomènes qui prospèrent dans les espaces frontaliers insuffisamment contrôlés et compliquent davantage la gestion sécuritaire de la zone.

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