Souveraineté numérique africaine à l’ère de l’IA, une nouvelle électricité
[DIGITAL Business Africa – Avis d’expert] – Il y a cent trente ans, Thomas Edison commercialisait l’électricité, et le monde bascula. Personne ne l’avait vu venir. On prétend, depuis, l’avoir prévu. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle que l’on dit être la nouvelle électricité. Mais l’intelligence artificielle n’est pas une technologie comme les autres. C’est une infrastructure de puissance: elle transforme des données en décisions, des modèles en marchés, des capacités de calcul en influence.
Pour l’Afrique, la question n’est donc pas d’adopter l’IA. C’est de savoir qui, demain, contrôlera les données, les infrastructures et la valeur qu’elles génèrent.
Il est possible de définir l’intelligence artificielle comme la capacité d’une machine à apprendre du monde et à agir sur celui-ci. La compétition mondiale en matière d’IA se structure aujourd’hui autour de trois modèles dominants. Les États-Unis misent sur l’innovation privée et décentralisée, portée par des entreprises qui valent plus que des continents entiers.
L’Union européenne (UE) énonce les règles pour régir et gouverner le secteur. La Chine, elle, construit un modèle d’État où l’IA est un instrument de puissance nationale, de contrôle social et d’influence au-delà de ses frontières. Ces trois puissances tiennent les câbles sous-marins, les semi-conducteurs, les terres rares.
Elles tiennent les plateformes, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux. Elles tiennent les modèles d’IA, leurs paramètres, leur entraînement et leur déploiement. Elles tiennent, en un mot, les canaux par lesquels passe le monde. La souveraineté numérique africaine tient donc ainsi à des fibres de la taille d’un tuyau d’arrosage, qui appartiennent à d’autres, sont réparées par d’autres et ont été financées par d’autres.
La question de la maîtrise de la donnée
Qu’est-ce qu’une donnée, au fond ? C’est ce que vous laissez derrière vous quand vous vivez. Chaque transaction, chaque recherche, chaque message envoyé à une heure du matin parce qu’on n’arrivait pas à dormir. Des millions d’Africains produisent ces traces chaque jour, sans y penser, comme on respire. Et ces traces s’envolent vers San Francisco, vers Pékin, vers Amsterdam, où elles deviennent des modèles, des produits, des profits.
Les hyperscalers (grands fournisseurs de cloud (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud, Oracle, Alibaba) ont investi 400 milliards de dollars dans l’infrastructure d’IA en 2025 ; 500 milliards sont projetés pour 2026.
En face, à Nairobi, des hommes et des femmes annotent et étiquettent des contenus pour que les modèles américains et chinois puisse gagner en précision : selon une enquête du Time, les sous-traitants kényans d’OpenAI étaient payés entre un et deux dollars de l’heure pour trier des textes violents, quand le donneur d’ordre facturait douze dollars cinquante.
L’Afrique subsaharienne, elle, contribue à 0,83 % de la recherche mondiale en IA selon l’AI Index 2026 de Stanford. Si Paris, Amsterdam et Bruxelles, qui hébergent pourtant des centres de données et financent leurs propres modèles, ont mesuré leur vulnérabilité, que dire d’un continent qui ne produit ni les puces, ni les modèles, ni le calcul ?
L’émergence d’une voie africaine
À travers le continent néanmoins, des initiatives prennent forme. À Lagos, vingt centres de données opérationnels, trois cents mégawatts en construction, deux milliards de dollars d’investissements annoncés d’ici 2027. Lire la suite ICI
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