Démobilisation : le Cameroun sollicite l’expertise colombienne pour réintégrer les ex-combattantes


 Le Cameroun veut s’appuyer sur l’expérience de la Colombie pour améliorer la réintégration des femmes et des jeunes filles sorties des groupes armés. Une délégation colombienne séjourne dans le pays depuis le 20 juillet 2026 pour une mission de travail auprès du Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CNDDR).

Les échanges portent principalement sur la prise en compte du genre dans les programmes de retour à la vie civile. Les deux parties doivent examiner les dispositifs d’accompagnement psychosocial, de formation professionnelle et d’insertion économique proposés aux anciennes combattantes et aux autres femmes affectées par les conflits.

Selon le coordonnateur national du CNDDR, Francis Faï Yengo, l’objectif est d’identifier des solutions susceptibles de rendre la réintégration de ces bénéficiaires plus durable. Les femmes et les jeunes filles peuvent en effet faire face à des difficultés particulières, notamment la stigmatisation, l’accès limité à la formation, la dépendance économique ou le rejet par leurs communautés d’origine.

Des visites prévues dans les trois centres DDR

La délégation colombienne doit se rendre à partir du 21 juillet dans les centres DDR de Mora, dans l’Extrême-Nord, de Bamenda, dans le Nord-Ouest, et de Buea, dans le Sud-Ouest.

Ces visites doivent permettre aux experts d’observer les conditions d’accueil des pensionnaires, les mécanismes de prise en charge psychosociale ainsi que les programmes de formation mis en place pour préparer leur retour dans les communautés.

Elles doivent également servir à identifier les difficultés propres à chaque zone. Les bénéficiaires accueillis à Mora sont principalement issus du conflit contre Boko Haram et ses différentes factions, tandis que les centres de Bamenda et de Buea reçoivent des personnes ayant quitté les groupes armés actifs dans les régions anglophones.

Le CNDDR devra notamment démontrer sa capacité à transformer le passage dans ces centres en perspectives économiques durables. La formation dispensée ne garantit pas, à elle seule, l’accès à un emploi, à un financement ou à une activité génératrice de revenus après la sortie.

Plus de 3 500 personnes démobilisées selon le CNDDR

D’après les données communiquées par les autorités camerounaises, plus de 3 520 ex-combattants auraient été démobilisés depuis la création du CNDDR en novembre 2018.

Ce chiffre renseigne sur le nombre de personnes sorties des groupes armés et prises en charge par le dispositif. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de mesurer la réussite de leur réintégration.

L’évaluation du programme suppose notamment de connaître le nombre de bénéficiaires effectivement retournés dans leurs communautés, ceux ayant trouvé une activité économique stable, ainsi que le taux d’abandon ou de retour vers les groupes armés. Ces indicateurs ne sont pas précisés dans les informations rendues publiques sur la mission colombienne.

La réintégration constitue pourtant la phase la plus longue et la plus complexe d’un processus DDR. Après le dépôt des armes et la sortie des groupes, elle doit permettre aux anciens combattants de reconstruire des moyens de subsistance et de retrouver une place dans la société.

Une expérience colombienne à adapter au contexte camerounais

La coopération annoncée s’inscrit dans une démarche de partage d’expériences entre pays du Sud. La Colombie dispose d’une longue pratique des programmes de désarmement et de retour à la vie civile, développée à travers plusieurs processus de paix et de démobilisation.

Son expérience peut notamment apporter des enseignements sur l’accompagnement différencié des femmes, la formation professionnelle, la création d’activités économiques et la participation des communautés d’accueil.

Les autorités camerounaises devront néanmoins adapter ces pratiques aux réalités locales. Les conflits dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest diffèrent du contexte colombien par leurs acteurs, leurs origines, leurs modes de recrutement et leur environnement politique.

La coopération ne pourra donc produire des résultats que si elle débouche sur des outils concrets : programmes de formation adaptés, accompagnement après la sortie des centres, accès au financement et mécanismes de suivi des bénéficiaires.

Le CNDDR bénéficie déjà de l’appui de partenaires internationaux, notamment dans le renforcement des capacités et l’intégration du genre dans ses activités. La mission colombienne doit compléter ces interventions en apportant une expertise directement issue d’un autre dispositif national de sortie de conflit. Lire la suite ICI

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