Allocution et réponses aux questions des médias de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d'une conférence de presse conjointe avec Abdoulaye Sabre Fadoul, Ministre d'État, Ministre des Affaires étrangères, de l'Intégration africaine et des Tchadiens de l'étranger de la République du Tchad, à l'issue des négociations, Moscou, 14 juillet 2026
Mesdames et Messieurs,
Nous avons eu des négociations intenses et productives avec mon homologue de la République du Tchad Abdoulaye Sabre Fadoul.
Nous avons confirmé la volonté réciproque de Moscou et de N'Djaména de renforcer les relations bilatérales traditionnellement amicales, fondées depuis le début sur la confiance et le respect mutuel. De notre côté, nous avons salué la ligne des autorités tchadiennes et personnellement du Président Mahamat Idriss Déby en faveur de leur développement.
Nous avons examiné les axes clés de notre coopération bilatérale, en accordant une attention particulière à sa composante commerciale, économique et d'investissement. Il y a matière à travailler, car ce domaine accuse un retard considérable par rapport au bon niveau de notre dialogue politique amical et de notre coopération sociale.
Nous avons échangé des idées concrètes sur les domaines dans lesquels les efforts des entreprises russes et tchadiennes pourraient être stimulés. Parmi ces domaines, une attention particulière a été accordée à la prospection géologique, à l'énergie, à la production d'engrais et à la santé. Dans le domaine de la santé, une expérience positive a déjà été accumulée, notamment non seulement au Tchad, mais aussi dans de nombreux pays voisins. Les perspectives sont bonnes et nous envisageons leur réalisation avec optimisme.
Nous avons hautement apprécié le niveau de coopération dans le domaine social, en premier lieu celui de l'éducation. Plus de 3.500 citoyens tchadiens ont fait leurs études dans notre pays. Nous octroyons actuellement 300 bourses d'État par an. C'est l'un des premiers rangs pour cet indicateur parmi les pays africains subsahariens. À compter de la prochaine année universitaire, nous prévoyons d'augmenter le nombre de bourses à 360.
Nous avons longuement discuté de l'agenda régional et des affaires mondiales. Nous avons constaté une convergence totale sur les questions stratégiques qui se trouvent actuellement au cœur du débat sur l'avenir du monde.
Nos approches convergent également sur la plupart des idées concrètes actuellement examinées à l'ONU dans le but d'accroître son efficacité, ainsi que sur la manière d'aborder les conflits qui persistent sur le continent africain. Il s'agit avant tout de ce que nous avons discuté aujourd'hui: la situation dans la région saharo-sahélienne, y compris les activités de la Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Tout récemment, nous avons tenu la troisième réunion ministérielle à Niamey, capitale du Niger, au niveau des ministres des Affaires étrangères des trois pays de la Confédération et de la Fédération de Russie. Nous avons partagé les résultats des discussions et les plans qui y avaient été convenus.
Nous avons souligné notre profonde préoccupation face à la montée des menaces terroristes et à l'extension aux pays de la région des activités de groupes islamistes affiliés à Daech et à Boko Haram, avec le soutien manifeste de certaines anciennes métropoles qui tentent encore de saper les relations de la Fédération de Russie avec les pays du Sahara-Sahel et utilisent dans leurs provocations non seulement des groupes terroristes, mais aussi des combattants venus d'Ukraine.
Nous avons convenu que le règlement des crises et conflits sur le continent africain doit se fonder sur le principe que nous défendons: aux problèmes africains, des solutions africaines. Nous observons actuellement de nombreux exemples, s'agissant de la situation au Soudan et en Libye, de tentatives de divers acteurs d'imposer des solutions de l'extérieur qui ne répondent pas à l'impératif de réconciliation nationale dans chacun de ces pays.
La Russie se prononce fermement pour que les Africains se mettent d'accord entre eux, tandis que les acteurs extérieurs doivent créer les conditions les plus favorables, y compris le soutien financier à d'éventuels efforts de maintien de la paix ou à la conclusion d'accords au sein des États africains.
La Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, continuera de défendre précisément cette approche et d'accorder une attention particulière aux efforts de stabilisation de la situation au Sahara-Sahel. Nous avons l'intention d'apporter notre assistance aux pays de la région sur une base bilatérale, notamment pour renforcer la capacité de combat des forces armées nationales, la formation des militaires et des agents des forces de l'ordre. L'aide humanitaire sera également poursuivie.
Nous apprécions vivement le fait que les autorités du Tchad se prononcent fermement en faveur de la normalisation des relations entre les pays de la Confédération des États du Sahel et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, ainsi qu'avec l'Union africaine. Cette ligne est, bien entendu, pleinement partagée et soutenue par nous.
Nous avons exprimé notre gratitude à nos amis pour leur étroite coopération au sein de l'Organisation des Nations unies, pour le soutien aux résolutions russes sur la lutte contre la glorification du nazisme, le renforcement de la confiance dans les activités spatiales et la prévention de la militarisation de l'espace. Nous avons également échangé nos points de vue sur les prochaines élections du secrétaire général de l'ONU.
Nous avons partagé avec nos collègues nos évaluations des derniers développements concernant la crise ukrainienne, autour des "jeux" successifs que les Européens mettent en scène, tentant de saper les accords existants entre la Fédération de Russie et les États-Unis. Mais le Président de la Russie Vladimir Poutine a souligné à maintes reprises que si les accords ne sont pas respectés, nous savons comment atteindre les objectifs qui ont été clairement fixés en juin 2024 dans son allocution ici même, au Ministère des Affaires étrangères de la Russie.
Nous avons bien entendu discuté de la préparation du troisième Sommet Russie-Afrique prévu en octobre à Moscou. Nous sommes reconnaissants pour l'information selon laquelle le Président de la République du Tchad Mahamat Idriss Déby prévoit d'y participer en personne. Nous espérons que cela permettra un nouveau contact au plus haut niveau et d'évaluer nos progrès dans les domaines que nous avons évoqués aujourd'hui et pour lesquels nous avons défini des mesures concrètes.
J'estime que nous avons eu un échange utile.
Question: Les prix du blé ont augmenté en raison d'une série de frappes ukrainiennes contre des navires russes en mer d'Azov. Cette situation peut-elle affecter les partenaires africains de la Russie, et que peut faire Moscou pour les aider dans ces circonstances?
Sergueï Lavrov: Moscou, le Président de la Russie travaille pour mettre un terme à tout cela. Ce à quoi s'adonne le régime ukrainien n'est même pas de la piraterie. Les pirates au moins pillent et gardent pour eux. Ici, ce n'est ni pour soi ni pour les autres. Juste causer des dommages, intimider. Du terrorisme pur, qui se manifeste non seulement en mer d'Azov, mais aussi en mer Noire et sur le continent africain. Partout où les Ukrainiens voient la possibilité de porter atteinte, selon eux, à la Fédération de Russie, ils s'allieront avec n'importe qui: des extrémistes africains qui tentent de renverser les régimes populaires légitimes en Afrique, comme avec n'importe quel autre rebut de la société.
Nous continuerons en tout état de cause à honorer tous nos engagements en matière de livraisons alimentaires à nos amis africains, tant dans le cadre de contrats commerciaux que dans celui de l'aide humanitaire, conformément à leurs souhaits, comme nous l'avons fait et continuons de le faire.
Un bon exemple. Lorsque l'opération militaire spéciale a commencé, 200.000 tonnes de blé russe ont été saisies dans les ports de l'Union européenne. Le Président de la Russie et les entreprises propriétaires de ce blé ont déclaré que nous le cédions gratuitement aux pays africains dans le besoin, mais l'Union européenne, avec son attitude "si attentionnée" envers les droits de l'homme, a entravé pendant plus d'un an la libération et l'acheminement de ce blé vers les pays africains nécessiteux.
Ainsi, tous ces voisins, nous savons bien comment ils se comportent, comment ils veulent par tous les moyens empêcher la coopération de la Russie avec les pays africains. Et ils veulent, au fond, revenir à la situation où les anciennes métropoles y faisaient la loi.
J'ai mentionné que de tels actes terroristes étaient perpétrés non seulement en mer d'Azov, mais aussi en mer Noire. Les médias turcs ont fait état hier de nouvelles attaques assez puissantes de drones navals ukrainiens contre des navires turcs, des pétroliers turcs et d'autres navires transportant des marchandises turques. Ce n'est plus la première fois. Sans parler du fait que l'infrastructure du gazoduc Blue Stream, qui achemine du gaz vers la Turquie, est régulièrement soumise à des attaques terroristes.
Nous avons demandé à nos collègues turcs comment ils comptaient réagir. Nous espérons qu'ils seront en mesure de donner publiquement une appréciation à ces événements et qu'ils enverront un signal ferme et sans complaisance au régime terroriste de Kiev.
Question (traduite du français): Quel rôle joue la Russie dans la sécurité régionale sur le continent africain? Comment Moscou participe-t-il à la lutte contre les groupes armés et le terrorisme transfrontalier en Afrique?
Sergueï Lavrov (complète après Abdoulaye Sabre Fadoul): En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, nous menons un combat sans compromis sur différents fronts et apportons toute l'aide possible à nos amis africains. Au Niger, au Mali et dans d'autres pays de la région, l'Africa Corps du Ministère de la Défense de la Fédération de Russie est en activité. Grâce à celui-ci, comme nous l'ont dit les représentants de ces pays lors de notre voyage en Afrique, les forces armées du Mali et du Niger ont pu repousser de puissantes tentatives d'attaques terroristes.
Cette coopération se poursuivra. Son importance sera en outre renforcée lors du troisième Sommet Russie-Afrique prévu en octobre à Moscou. Lire la suite ici
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