Pourquoi la recherche devrait être au cœur des partenariats économiques du Canada avec l’Afrique francophone

 


(IDRC) À l’heure où les tensions géopolitiques, le protectionnisme et le nationalisme économique gagnent du terrain, bâtir des partenariats économiques mutuellement avantageux ne se résume pas à la signature d’un accord commercial. Il faut comprendre le contexte, cerner les possibilités et les risques, établir des relations de confiance et s’appuyer sur des connaissances ancrées dans les réalités locales. 

Le Canada et les pays d’Afrique francophone peuvent s’appuyer sur leurs liens culturels et linguistiques pour créer de la valeur économique tout en soutenant les entreprises, les communautés et la durabilité environnementale. Ils ont en commun l’objectif de diversifier leurs partenariats économiques au-delà de leurs partenaires commerciaux traditionnels. Il s’agit de renforcer la résilience économique, de créer de nouvelles possibilités et de favoriser une prospérité partagée. 

Le Canada s’est fixé comme objectif de doubler ses exportations hors États-Unis d’ici 2035, tandis que les pays d’Afrique francophone cherchent à surmonter les dépendances historiques et les vulnérabilités persistantes liées à une production axée sur les ressources naturelles et les marchés extérieurs. La recherche transforme les connaissances en données probantes qui permettent d’agir : elle aide à fixer des objectifs, à éclairer les décisions stratégiques, à soutenir la mise en œuvre et à ajuster le cap au besoin. 

Des partenariats solides entre le Canada et l’Afrique francophone, ancrés dans la Stratégie du Canada pour l’Afrique, offrent l’occasion de faire progresser les relations en matière de développement et de commerce dans un monde en rapide évolution. Le Canada devrait faire de la coopération scientifique un élément central de sa diplomatie économique avec l’Afrique francophone afin de favoriser une industrialisation verte axée sur les populations dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine. La coopération au développement, les liens avec les diasporas et l’expertise canadienne dans le domaine des technologies vertes sont au cœur de cette possibilité. 

Des réseaux de confiance comme fondement de partenariats mutuellement avantageux

Depuis près d’un demi-siècle, le Canada et les pays d’Afrique francophone entretiennent des relations dans le cadre de forums culturels, économiques et politiques. Ces relations ouvrent la voie à une coopération scientifique et économique renforcée. 

Au cours des cinq dernières années, le CRDI s’est appuyé sur ces réseaux pour rapprocher les milieux de la recherche, des politiques et de l’économie au Canada et en Afrique francophone. Le CRDI a soutenu plusieurs éditions de la Conférence internationale sur la francophonie économique, organisée par l’Observatoire de la Francophonie économique. Ces conférences ont favorisé la collaboration entre des chercheuses et chercheurs du Canada et leurs homologues en Afrique francophone, donné lieu à des publications scientifiques et offert aux chercheuses et chercheurs émergents des possibilités de mentorat et de renforcement des capacités. Les actes de la conférence constituent une source précieuse d’informations sur les marchés et les environnements d’affaires en Afrique francophone. Ces connaissances sur les marchés, axées sur le secteur privé, sont essentielles à l’établissement de partenariats économiques et illustrent le rôle que peut jouer la coopération scientifique pour créer les conditions propices à ces partenariats. 

Le CRDI s’est également associé à la Délégation générale du Québec à Dakar dans le cadre des éditions annuelles du Forum international sur l’entrepreneuriat, fondées sur des données probantes. Le Forum réunit des chefs d’entreprise du Québec et d’Afrique francophone afin d’explorer des possibilités de partenariat et offre aux entrepreneures et entrepreneurs émergents des possibilités de rayonnement international, de mentorat et de perfectionnement professionnel, en collaboration avec Les Offices jeunesse internationaux du Québec. Cette démarche s’inscrit dans la mission de la Délégation, qui consiste notamment à aider les entreprises et les centres de recherche québécois à établir des partenariats mutuellement avantageux avec l’Afrique francophone afin de créer des alliances stratégiques, des collaborations scientifiques ou des transferts de technologies. 

En 2022, Nicole Tossou, une jeune ingénieure béninoise spécialisée dans les énergies renouvelables, a effectué un séjour d’incubation au DigiHub, au Canada, afin de peaufiner son concept d’entreprise. L’année suivante, Hervé Tekou Ngunte, du Cameroun, a effectué un séjour à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement, au Canada, afin de poursuivre le développement de son projet d’entreprise dans le domaine des engrais organiques. Bio Ephraim et Rachida, de la Côte d’Ivoire, ont suivi en 2024 une formation destinée aux jeunes entrepreneures et entrepreneurs offerte par l’École d’Entrepreneurship de Beauce. Ces exemples montrent comment la recherche et les données probantes peuvent contribuer à bâtir les relations de confiance sur lesquelles reposent les partenariats économiques. 

L’intérêt d’arrimer la coopération scientifique à la diplomatie économique est particulièrement manifeste au Sénégal. Dans le cadre d’une initiative de recherche du CRDI de près de 19 millions de dollars canadiens sur l’énergie propre au service du développement, des chercheuses et chercheurs du Canada et du Sénégal ont produit des données probantes pour éclairer le déploiement et l’adoption de solutions d’énergie propre au Sénégal. Avec le soutien d’Affaires mondiales Canada, Développement international Desjardins et ses partenaires locaux de microfinance appliquent un modèle d’accompagnement documenté dans le cadre d’un projet pilote de recherche soutenu par le CRDI, dans le but d’rejoindre 60 000 femmes et 6 000 jeunes. Cet exemple montre comment les données issues de la recherche peuvent éclairer des investissements de plus grande envergure à l’intersection de l’action climatique, du développement du secteur privé et de l’autonomisation économique. 

La recherche peut transformer des intérêts économiques communs en avantages mutuels

Le Canada et de nombreux pays d’Afrique francophone disposent de ressources minérales et énergétiques importantes pour la transition énergétique mondiale. Combinées à l’expertise canadienne dans les secteurs des mines, des technologies propres et de l’énergie propre, ces ressources créent des possibilités de partenariats commerciaux et d’investissement éclairés par la recherche. La coopération scientifique peut aider les pays à comprendre ces possibilités, à gérer les risques et à faire des choix éclairés qui favorisent une industrialisation verte et inclusive dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine. 

Pour tirer parti des possibilités économiques, il faut également veiller à ce que toutes les personnes puissent participer pleinement à la vie économique. La santé des femmes est importante en soi, mais elle constitue également un facteur clé de leur autonomisation économique. Une plus grande participation des femmes à l’économie peut contribuer à la productivité, à la croissance des marchés et à l’attrait pour les investissements. L’initiative du CRDI Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA), aujourd’hui achevée, montre comment la coopération scientifique peut mettre ces principes en pratique. Dans le cadre de l’ISMEA, des équipes de recherche canadiennes et africaines, notamment d’Afrique francophone, ont travaillé ensemble pour améliorer la santé des mères et des enfants et renforcer les capacités de recherche. La santé des femmes constitue une composante importante du capital humain et de l’autonomisation économique. 

Le potentiel de renforcement des relations économiques est considérable

En 2024, le commerce de marchandises entre le Canada et les pays africains s’est élevé à 15,1 milliards de dollars canadiens, comme le souligne la Stratégie du Canada pour l’Afrique. Le Foreign Policy Research Institute souligne également l’important potentiel commercial inexploité entre le Canada et l’Afrique, notamment 381,5 milliards de dollars américains en exportations et 137 milliards de dollars américains en importations. En tant que puissance moyenne, le Canada a intérêt à promouvoir un système international fondé sur des règles, l’équité, l’inclusion et le respect mutuel. Ses partenariats économiques avec les pays d’Afrique francophone devraient refléter ces principes. Lire la suite ICI

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