Le cloud, nouveau front de la rivalité entre la Chine et les États-Unis en Afrique

 


Pendant une dizaine d’années, la rivalité technologique sino-américaine en Afrique s’est jouée sur le terrain des réseaux mobiles. Elle se déplace aujourd’hui vers une couche plus profonde et plus décisive : celle du  cloud, des data centers et des câbles sous-marins qui font transiter les données du continent. Cette bataille, moins visible que celle de la 5G, pourrait pourtant peser plus lourd sur la souveraineté numérique  africaine que toutes les précédentes. 

Pékin, précurseur sur un terrain que Washington a longtemps négligé

La Chine n’a pas découvert l’Afrique numérique avec le cloud : elle y a d’abord posé les fondations physiques. Huawei a construit environ 70 % des réseaux 4G du continent, selon une analyse de Semafor, et reste aujourd’hui l’opérateur télécoms dominant dans au moins 70 % des pays francophones, d’après Les Afriques. C’est sur cette base que le groupe chinois a logiquement étendu son offre vers le cloud, en ouvrant dès novembre 2018 sa région Huawei Cloud en Afrique du Sud, une première pour un fournisseur cloud mondial sur le continent, avant de multiplier les annonces de data centers en Égypte, au Nigeria et au Kenya.

Le cas kényan illustre bien la mécanique chinoise : à Konza, Huawei construit un data center et une « smart city » financés par un prêt concessionnel de l’Export-Import Bank of China, selon Data Center Dynamics. C’est là toute la force du modèle chinois : des conditions de financement que les bailleurs occidentaux, plus averses au risque africain, peinent à égaler. Semafor résume la logique en une phrase : les promoteurs occidentaux font face à des coûts de crédit alourdis par une perception du risque africain jugée excessive, quand Pékin a adapté son modèle d’affaires pour dominer l’infrastructure numérique du continent. 

Le sursaut américain : capitaux, puces et data centers

Longtemps en retrait sur le terrain de l’infrastructure physique, les acteurs américains ont accéléré leurs investissements ces deux dernières années. AWS a ouvert sa région du Cap en 2020, suivie par Microsoft Azure qui y a introduit ses zones de disponibilité en 2021. Microsoft a depuis engagé environ 1,43 milliard de dollars sur trois ans dans des centres de données sud-africains, avec des opérations couvrant Johannesburg, Le Cap, Nairobi et Lagos. Google Cloud a suivi en 2025 en investissant 148 millions de dollars pour ouvrir sa première région africaine à Johannesburg, permettant pour la première fois une résidence locale des données sur le continent.

L’offensive s’étend désormais à l’intelligence artificielle : Nvidia et Cassava Technologies ont annoncé en juillet 2025 un engagement de 700 millions de dollars pour des data centers dédiés à l’IA en Égypte, au Nigeria, au Kenya et au Maroc, la première installation sud-africaine étant opérationnelle depuis juin 2025 avec 3 000 GPU. Microsoft, de son côté, s’est associé à G42 pour un data center géothermique au Kenya de 100 mégawatts, doté d’un budget d’un milliard de dollars et dont l’achèvement est prévu en 2026, selon African Business

 

Washington a aussi changé de posture politique. Après des années à se contenter d’avertir contre les risques liés aux équipements chinois, l’administration américaine finance désormais activement des alternatives : l’Export-Import Bank (EXIM) a approuvé un prêt de 99,6 millions de dollars pour un opérateur télécoms en Angola afin de financer des équipements américains et européens plutôt que chinois, dans un pays choisi notamment pour sa position sur le corridor de Lobito. Le programme Digital Fast Track, lancé en avril 2025, et l’initiative Prosper Africa, qui revendique plus de 280 transactions pour 22 milliards de dollars dans plus de 30 pays, structurent cette nouvelle approche, décrite par Africa Press France comme un passage des simples restrictions commerciales à un soutien actif aux solutions occidentales. Lire la suite ICI

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