« La coopération brésilienne dans l’agriculture avec les pays africains se veut avant tout solidaire » (Nelci Caixeta)
(Agence Ecofin) - Portée par son potentiel de production et la croissance de ses marchés alimentaires, l’Afrique est depuis plusieurs décennies un terrain majeur de coopération et de rivalités agricoles. Chine, États-Unis, Union européenne, Inde ou encore pays du Golfe y déploient investissements, programmes techniques et partenariats dans les filières stratégiques. A côté de ces acteurs, le Brésil cherche aussi à renforcer son ancrage dans les chaînes de valeur agricoles surtout au sud du Sahara. Dans cet échange avec l’Agence Ecofin, Nelci Caixeta, Coordinateur général de la coopération Sud-Sud à l’Agence brésilienne de coopération (ABC) défend le modèle brésilien et plaide pour une collaboration adaptée aux réalités des pays africains.

Nelci Caixeta, Coordinateur général de la coopération Sud-Sud à l’Agence brésilienne de coopération (ABC).
Agence Ecofin : Ces derniers mois, le Brésil a multiplié les initiatives de partage d’expertise avec les pays africains, notamment dans l’élevage, la recherche agricole et le renforcement des capacités. Quelle approche guide cette dynamique ?
Nelci Caixeta : Déjà, il faut dire que la coopération technique repose sur un principe fondamental. Elle doit être construite à partir des demandes spécifiques des pays partenaires. Le Brésil ne dispose pas d’un ensemble de projets agricoles préconçus qu’il vient proposer aux pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine.
Lorsqu’un pays formule une demande, l’ABC identifie au Brésil les institutions disposant de l’expertise pertinente comme les institutions de recherche, comme la Société brésilienne de recherche agricole (Embrapa), les universités ou autres structures compétentes afin de bâtir le projet avec les partenaires nationaux. L’ABC consulte ces institutions pour vérifier leur intérêt et leur capacité à s’engager dans le partenariat.
Ce travail suppose généralement des missions de prospection dans les pays partenaires, ou l’accueil de délégations étrangères au Brésil. Ces échanges servent à mieux comprendre les difficultés locales, à présenter les solutions déjà testées au Brésil et à élaborer ensemble le document de projet, qui devient ensuite le cadre de référence de la coopération.
L’agriculture est un domaine dans lequel le Brésil a développé une expérience importante comme vous le savez. Dans les années 1970, le pays importait encore une part considérable de ses denrées alimentaires. Aujourd’hui, il est devenu un grand producteur agricole. Nous estimons que de nombreuses technologies développées au Brésil peuvent être adaptées aux réalités africaines, compte tenu des similitudes observées dans certains écosystèmes et des besoins liés à une population en croissance.
Les autorités africaines connaissent généralement bien le potentiel agricole du Brésil. L’an dernier, le président brésilien a d’ailleurs invité des ministres africains de l’Agriculture à effectuer une mission au Brésil, ce qui a renforcé les échanges.
« Il est important de veiller à ce que la demande formulée par un pays corresponde réellement aux besoins opérationnels du secteur et reste cohérente avec sa politique agricole. »
AE : Dans l’agriculture, quelles filières sont aujourd’hui prioritaires dans les partenariats entre le Brésil et les pays africains ?
NC : La réponse dépend avant tout des priorités définies par chaque pays. L’ABC travaille dans de nombreux domaines du développement comme la santé, l’agriculture, les transports mais, dans le secteur agricole, la production alimentaire reste généralement au cœur des demandes.
Au Mozambique, par exemple, nous avons récemment échangé avec les ministères chargés de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage. Les priorités identifiées concernent les semences de qualité pour le maïs, le riz, le haricot et le soja, dans le cadre d’un programme de développement rural visant à accroître la production de ces cultures.
Dans d’autres pays, la priorité peut se situer dans l’élevage. En Guinée et au Bénin, par exemple, les autorités s’intéressent particulièrement au développement de l’élevage et des petits ruminants. Notre rôle consiste à écouter les autorités politiques et les équipes techniques afin d’identifier les besoins les plus pertinents. Il est important de veiller à ce que la demande formulée par un pays corresponde réellement aux besoins opérationnels du secteur et reste cohérente avec sa politique agricole. Lire la suite ICI
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