Zlecaf : les entreprises camerounaises prises au piège de leurs coûts de production
(Investir au Cameroun) - Routes dégradées, coupures d’électricité, difficultés d’accès au crédit et retards de paiement de l’État : pour le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), ces obstacles limitent la capacité des entreprises camerounaises à produire et à exporter sous le régime de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). À l’ouverture de la 12e édition du Cameroon Business Forum (CBF), le 22 octobre 2026 à Douala, son président, Célestin Tawamba, a demandé au gouvernement des mesures concrètes pour réduire ces contraintes.
Présidée par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, cette session du CBF intervient six ans après la dernière rencontre plénière, organisée en octobre 2020. Les travaux portent sur les réformes nécessaires pour améliorer la compétitivité des entreprises camerounaises et leur permettre de profiter de l’ouverture progressive des marchés africains.
Pour Célestin Tawamba, les difficultés rencontrées sur le marché intérieur compromettent déjà la capacité des entreprises à se projeter au-delà des frontières nationales. Il dénonce notamment la dégradation des routes Douala-Yaoundé, Douala-Bafoussam, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri. Selon lui, il faut désormais six à huit heures pour relier Douala à Yaoundé et huit à dix heures pour rejoindre Bafoussam. Ces difficultés allongent les délais d'acheminement des marchandises et pèsent sur les coûts logistiques.
Une électricité produite jusqu’à sept fois plus cher par les entreprises
À ces contraintes routières s’ajoutent les difficultés d’approvisionnement en électricité. Selon le Gecam, qui se réfère aux enquêtes de la Banque mondiale, 65 % des entreprises camerounaises recourent aux groupes électrogènes pour maintenir leurs activités. Le patronat estime le coût de cette autoproduction entre 200 et 350 FCFA le kilowattheure, contre un tarif industriel compris entre 50 et 99 FCFA sur le réseau, soit un coût deux à sept fois supérieur.
Les difficultés électriques sont également documentées par la Banque mondiale. Dans son enquête Enterprise Surveys 2024, réalisée auprès de 615 entreprises du secteur privé formel, 93,3 % des établissements interrogés déclarent avoir subi des coupures d’électricité, à raison de 10,4 interruptions par mois en moyenne.
L’accès au financement apparaît comme une autre contrainte. Dans cette même enquête, 40,6 % des entreprises interrogées désignent l’accès au crédit comme leur principal obstacle. Le président du Gecam reproche notamment à l’État de mobiliser une partie des ressources bancaires tout en accusant des retards de paiement envers ses fournisseurs.
Sur le plan fiscal, Célestin Tawamba critique la progression de 12,5 % de l’objectif de recettes fiscales en 2026, alors que la croissance économique réelle est projetée à 3,5 %. Il redoute que cette augmentation des recettes attendues ne se traduise par des prélèvements supplémentaires sur les entreprises déjà présentes dans le secteur formel.
Le Gecam réclame un calendrier de paiement des arriérés de l’État
Ces difficultés interviennent alors que les entreprises camerounaises doivent se préparer à une concurrence accrue dans le cadre de la Zlecaf. Le calendrier de libéralisation prévoit une réduction progressive des droits de douane sur les produits éligibles, selon des rythmes différents. Une partie des marchandises demeure exclue de ce démantèlement tarifaire.
« Si nous ne sommes pas prêts à exporter, d’autres seront prêts à nous vendre, chez nous », a averti Célestin Tawamba.
Le Cameroun a commencé à réaliser des opérations commerciales sous le régime préférentiel de la Zlecaf en octobre 2022. Le GIC Afatex a notamment obtenu un certificat d’origine pour exporter des produits agricoles transformés vers le Ghana. Cameroon Tea Estate et Ndawara Tea Estate ont également participé aux premières expéditions de thé vers ce pays. Lire la suite ICI

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