Dialogue entre la France et les Pays Africains : de l’égalité des partenaires à la puissance des partenariatshttps://lesechos-congobrazza.com

« La Francophonie, c’est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre», Léopold Sédar Senghor, 1962. Les relations entre la France et l’Afrique entrent dans une nouvelle phase. Il faut savoir en saisir les possibilités. Le monde change rapidement, et l’Afrique avec lui. Les partenariats se diversifient, les économies se transforment, les transitions numérique et technologique s’accélèrent, tandis que l’énergie, la sécurité alimentaire, le climat, l’industrie ou l’intelligence artificielle redessinent les rapports de puissance. Dans le même temps, les sociétés attendent des relations internationales qu’elles produisent davantage que des déclarations : des opportunités, des investissements, des emplois et des résultats concrets. Dès lors, une question s’impose : que peuvent désormais construire ensemble la France et les pays africains pour les décennies à venir ?
La réponse ne peut consister simplement à perfectionner les formes anciennes de coopération. Elle doit permettre de construire une capacité commune à agir, produire, innover et investir.
C’est là que peut commencer un nouveau chapitre du dialogue franco-africain.
La relation ne peut plus se penser principalement à travers l’aide, la présence ou les instruments traditionnels de la diplomatie. Son avenir se joue aussi dans l’économie, l’industrie, la technologie, l’énergie, l’éducation, la recherche, l’entrepreneuriat et, surtout, dans l’investissement dans le capital humain.
Autrement dit, il s’agit de passer d’une logique de coopération à une logique de capacités.
Une relation moderne ne se mesure plus seulement au nombre d’accords conclus ou de sommets organisés. Elle se mesure à ce qu’elle permet effectivement de créer : des entreprises, des infrastructures, des centres de recherche, des projets industriels, des technologies, des compétences, des chaînes de valeur et des emplois.
L’autonomisation prend ici tout son sens. L’objectif n’est pas qu’un partenaire agisse à la place de l’autre, mais que chacun dispose des moyens d’entreprendre, de produire et d’investir, et que leurs capacités se complètent lorsque l’action commune est plus efficace.
Cela implique de faire évoluer les instruments eux-mêmes.
La coopération ne doit pas seulement financer : elle doit permettre d’investir. Elle ne doit pas seulement transférer une technologie : elle doit favoriser son appropriation, son développement et, lorsque cela est pertinent, sa production locale. Elle ne doit pas seulement former : elle doit créer les conditions permettant aux compétences d’innover, d’entreprendre et de circuler.
Dans la santé comme dans l’énergie, l’agriculture, l’industrie pharmaceutique, le numérique, l’intelligence artificielle, les infrastructures ou les services financiers, il existe un même enjeu : rapprocher entreprises, universités, centres de recherche et investisseurs pour créer davantage de valeur localement et construire des projets capables d’être compétitifs internationalement.
Faire des territoires un nouveau pilier du partenariat
Cette refondation ne peut toutefois rester une affaire de capitales.
Les principaux défis auxquels sont confrontées les populations prennent d’abord une forme territoriale : eau, énergie, mobilité, assainissement, déchets, numérique, emploi, formation, santé, urbanisation ou développement économique.
Les collectivités et les villes sont donc naturellement placées au contact des besoins et des solutions.
La coopération décentralisée pourrait, dans ce contexte, changer d’échelle et de nature. Non plus seulement entretenir des jumelages ou des échanges institutionnels, mais construire des partenariats territoriaux de développement, d’innovation et d’investissement.
Villes et régions françaises et africaines peuvent devenir des laboratoires de solutions communes : modernisation des administrations, digitalisation des services publics, planification urbaine, mobilité, eau, environnement, formation des cadres, entrepreneuriat ou accompagnement des PME.
Il s’agit progressivement de passer du jumelage de représentation au jumelage de projets ; du protocole à l’action ; de la coopération institutionnelle à la coopération territoriale productive.
Cette approche permettrait aussi de donner un visage concret à une relation encore trop souvent réduite aux échanges entre États. Car son avenir se jouera également dans des milliers de liens entre collectivités, entreprises, universités, chercheurs, investisseurs et entrepreneurs.
Miser sur les femmes et les hommes qui relient déjà les deux rives
Parmi ces passerelles, les diasporas africaines en France et les Français ayant des attaches avec le continent occupent une place particulière.
Entrepreneurs, médecins, ingénieurs, universitaires, chercheurs ou cadres connaissent souvent les réalités des deux rives. Ils disposent de compétences, de réseaux et d’une compréhension des environnements économiques qui peuvent faciliter les investissements, faire émerger des projets et rapprocher les écosystèmes d’innovation.
La mobilité des compétences, la reconnaissance des qualifications, les réseaux universitaires, les incubateurs communs ou encore les fonds de co-investissement ne relèvent donc pas seulement des politiques de coopération : ils constituent aussi des instruments économiques.
Il en va de même pour la jeunesse et les PME. La prochaine génération de relations franco-africaines ne se construira pas exclusivement entre gouvernements ou grands groupes. Elle dépendra aussi de la capacité à connecter des chercheurs, des start-up, des entrepreneurs et des investisseurs, afin de faire émerger de véritables chaînes de valeur commune. Lire la suite ICIhttps://lesechos-congobrazza.com
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