Quand Singapour Inspire en Afrique
Un Miracle Économique qui Fascine le Continent
En 1965, Singapour était un pays improbable. Sans ressources naturelles, avec un PIB par habitant de 500 dollars et une société au bord de l’implosion ethnique, rien ne prédestinait cette petite cité-État à devenir l’une des nations les plus riches du monde. Soixante ans plus tard, le miracle est accompli : Singapour affiche un PIB par habitant de plus de 80 000 dollars, se classe parmi les économies les plus compétitives de la planète et inspire désormais l’Afrique, ce continent en pleine transformation qui cherche ses propres voies vers la prospérité.
Cette histoire de réussite spectaculaire repose sur trois piliers fondamentaux. Le premier est une gouvernance visionnaire et intègre. Sous la férule de Lee Kuan Yew, père fondateur de la nation moderne, Singapour a érigé la lutte contre la corruption en priorité absolue. Le Corrupt Practices Investigation Bureau, doté de pouvoirs étendus, a traqué sans relâche les malversations à tous les niveaux.
Les fonctionnaires, parmi les mieux payés au monde, n’avaient aucune excuse pour céder à la tentation. Cette intégrité institutionnelle a créé un environnement stable et prévisible, essentiel pour attirer les investissements.
Le deuxième pilier est une stratégie économique résolument extravertie. Conscient de l’étroitesse de son marché intérieur, Singapour a ouvert grand ses portes aux multinationales.
Texas Instruments, Shell, Pfizer et tant d’autres géants ont trouvé dans la cité-État un havre de stabilité, des infrastructures de classe mondiale et une main-d’œuvre qualifiée. Mais Singapour n’a pas misé uniquement sur l’industrie. Dès les années 1970, anticipant la montée de la concurrence asiatique à bas coûts, le pays s’est diversifié vers les services financiers, devenant un hub incontournable de la finance mondiale.
Le troisième pilier, et sans doute le plus crucial, est l’investissement massif dans le capital humain. Singapour a fait de l’éducation la pierre angulaire de son développement. Le système éducatif, rigoureux et performant, a été conçu pour former des générations d’ingénieurs, de techniciens et de financiers. Parallèlement, une politique de logement social ambitieuse a permis à plus de 80% de la population d’accéder à la propriété, créant une classe moyenne stable et investie dans la réussite collective.
Pendant longtemps, l’Afrique ne figurait pas dans les priorités de Singapour. Lors de la création de Singapore Cooperation Enterprise en 2006, l’organisation se concentrait sur le Moyen-Orient. Mais tout a changé en 2008, lorsque le président rwandais Paul Kagame, fasciné par le modèle singapourien, a sollicité l’expertise de la cité-État pour élaborer le plan directeur de Kigali. Cette collaboration a ouvert la voie à une expansion spectaculaire des relations entre Singapour et l’Afrique.
Aujourd’hui, les chiffres témoignent de ce rapprochement. Entre 2020 et 2024, le commerce bilatéral a bondi de 54%, atteignant 18,7 milliards de dollars singapouriens, soit environ 14,3 milliards de dollars américains. Les investissements cumulés des entreprises singapouriennes sur le continent ont atteint 26,9 milliards de dollars singapouriens à la fin de 2023, faisant de Singapour le premier investisseur de l’ASEAN en Afrique.
Plus de 100 entreprises singapouriennes sont désormais présentes sur le continent, opérant dans des secteurs aussi variés que l’énergie, les infrastructures, la fintech, l’agroalimentaire et l’urbanisme.
Cette intensification des relations s’est traduite par des accords concrets. En août 2025, lors du 8ème Forum d’Affaires Afrique-Singapour, qui a réuni plus de 700 chefs d’entreprises et responsables gouvernementaux de 40 pays africains, des traités d’investissements bilatéraux ont été signés avec la Côte d’Ivoire et le Nigeria. Ces accords visent à protéger les investissements et à faciliter les flux de capitaux. En octobre 2024, un partenariat entre Enterprise Singapore et Afreximbank a été scellé pour faciliter l’accès au financement des entreprises singapouriennes désireuses d’investir en Afrique.
Les projets se multiplient sur le terrain. Valency International et Revata Carbon ont lancé une usine de biocarbone en Côte d’Ivoire, transformant les coques de noix de cajou en engrais et énergie propre. Au Ghana, Embed Financial Group collabore avec Purpleline Solutions pour numériser les processus d’assurance. Ces initiatives illustrent la diversité et la profondeur des partenariats en cours.
Au-delà des chiffres, c’est le modèle de développement singapourien qui fascine les dirigeants africains. Le Rwanda, sous la houlette de Paul Kagame, aspire à devenir le « Singapour de l’Afrique », en misant sur la bonne gouvernance, les infrastructures modernes et l’innovation technologique. Cette ambition n’est pas isolée. De nombreux pays africains voient dans l’expérience singapourienne des leçons précieuses : la lutte acharnée contre la corruption, la vision à long terme, l’ouverture maîtrisée aux investissements étrangers et l’investissement massif dans l’éducation.
Wy Mun Kong, directeur de Singapore Cooperation Enterprise, souligne que l’expérience de Singapour peut constituer un « bon modèle » pour l’Afrique. L’urbanisme, le développement des infrastructures et l’innovation numérique sont des domaines où Singapour peut apporter son expertise. Amit Jain, directeur du Centre d’études africaines de l’université technologique de Nanyang, va plus loin : « Singapour essaie de se rendre utile à des économies bien plus grandes qu’elle.
L’un des grands problèmes récurrents des entreprises en Afrique est le financement. Singapour pourrait aider à réduire le coût de l’accès au financement pour de nombreux pays, simplement en devenant leur partenaire. »
Cette relation n’est pas à sens unique. Singapour voit en l’Afrique le « prochain moteur de croissance » mondial. Alvin Tan, ministre d’État singapourien chargé du Commerce et de l’Industrie, confirme que « de plus en plus d’entreprises singapouriennes se tournent désormais vers l’Afrique comme destination stratégique pour diversifier leurs activités. Les intérêts commerciaux vont désormais au-delà du simple commerce et s’orientent vers des investissements à long terme. »
Singapour se positionne également comme une porte d’entrée pour les entreprises africaines souhaitant étendre leur présence en Asie. Des sociétés comme TymeBank, Sasol et Sonangol ont choisi Singapour comme siège régional pour leurs activités asiatiques, profitant de son emplacement stratégique, de ses infrastructures de classe mondiale et de ses vastes réseaux commerciaux.
Malgré les progrès récents, le potentiel de croissance des relations entre Singapour et l’Afrique reste immense. Singapour ne dispose aujourd’hui que de deux missions diplomatiques sur le continent, mais le Premier ministre Lawrence Wong a promis d’accroître cette présence dans le cadre des efforts nationaux visant à renforcer les relations économiques.
Lire la suite sur atlantica.africa
Commentaires
Enregistrer un commentaire