Diaspora-SIC : un projet pour sécuriser l’investissement immobilier des Camerounais de l’étranger
(Investir au Cameroun) - Le gouvernement camerounais veut mieux canaliser les investissements immobiliers des Camerounais de l’étranger. Le 19 mai 2026 à Yaoundé, le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, et le directeur général de la Société immobilière du Cameroun (SIC), Ahmadou Sardaouna, ont signé un protocole d’accord destiné à promouvoir les projets immobiliers de l’entreprise publique auprès de la diaspora.
Ce partenariat marque le lancement de Diaspora-SIC, une initiative conçue pour orienter une partie de l’épargne des Camerounais de l’étranger vers le secteur immobilier national. L’accord établit un cadre de coopération entre le ministère des Relations extérieures et la SIC pour la promotion internationale des projets de l’entreprise, ainsi que pour la mobilisation de partenaires techniques et financiers à travers le réseau diplomatique camerounais.
Dans le dispositif prévu, le Minrex devra s’appuyer sur les ambassades et consulats du Cameroun pour faire connaître les projets immobiliers de la SIC à l’étranger. Des points focaux dédiés à la diaspora devraient être désignés dans certaines zones géographiques, tandis que des opérations de promotion, notamment des « Semaines de l’immobilier SIC », pourront être organisées au sein des missions diplomatiques.
De son côté, la SIC prévoit de mettre en place un catalogue international de produits immobiliers, adossé à une plateforme numérique sécurisée. L’entreprise publique devra également assurer le suivi de l’exécution des projets, produire des rapports périodiques et participer au comité conjoint chargé de piloter la mise en œuvre de l’accord.
L’un des enjeux centraux du programme est la confiance. Les promoteurs du dispositif mettent en avant plusieurs mécanismes censés rassurer les investisseurs : comptes séquestres en devises, versements échelonnés en fonction de l’avancement des travaux, conformité aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d’argent et possibilité d’émettre des obligations immobilières destinées à la diaspora.
Cette architecture répond à une préoccupation récurrente des Camerounais de l’étranger : le risque d’investir à distance dans un marché immobilier local marqué par les litiges fonciers, les projets inachevés, les intermédiaires peu fiables et la faiblesse des garanties contractuelles. Pour la SIC, l’objectif est donc de devenir un interlocuteur institutionnel capable de sécuriser les opérations et de restaurer la confiance autour des investissements immobiliers.
Au-delà de la commercialisation de logements, l’enjeu est aussi macroéconomique. Les transferts de fonds des Camerounais de l’étranger représentent un gisement financier important, mais encore largement orienté vers la consommation courante, l’assistance familiale, la santé ou la scolarité. Selon des estimations relayées par la Direction générale du Trésor, ces transferts ont atteint environ 650 milliards de FCFA en 2025.
Pour les pouvoirs publics, il s’agit désormais de transformer une partie de ces flux en investissements structurants. En orientant l’épargne de la diaspora vers l’immobilier, le gouvernement espère soutenir la production de logements, élargir les sources de financement de l’économie et générer des retombées en matière d’emplois, d’activités pour les entreprises locales et de recettes fiscales.
L’enjeu est d’autant plus important que le Cameroun fait face à un déficit de logements estimé à environ 2,5 millions d’unités, selon les chiffres régulièrement avancés par les autorités du secteur. Dans ce contexte, la mobilisation de la diaspora apparaît comme un levier complémentaire, mais elle ne suffira pas à elle seule à combler le déficit national.
La réussite de Diaspora-SIC dépendra donc de sa capacité à produire des garanties vérifiables, des délais respectés, des titres sécurisés et une information transparente sur les projets proposés. Pour passer d’un accord institutionnel à un véritable canal d’investissement, le Cameroun devra surtout démontrer que l’épargne de sa diaspora peut être investie dans l’immobilier sans s’exposer aux risques qui ont longtemps alimenté la méfiance.
Frédéric Nonos
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