Au Cameroun, l’armée explore avec Sotrabus la piste d’une production locale de véhicules et d’équipements militaires


(Investir au Cameroun) - En avril 2026, le ministère camerounais de la Défense a engagé, de manière discrète, des discussions avec la Société de transformation de bus (Sotrabus), entreprise spécialisée dans la construction et le montage de bus interurbains de 45, 50 et 70 places. Selon des sources autorisées, ces échanges portent sur la possibilité de s’appuyer sur cette société locale, déjà fournisseur de plusieurs opérateurs du transport interurbain, pour développer au Cameroun une production de véhicules à usage militaire, mais aussi de certains équipements individuels, notamment des casques et des gilets.

Cette initiative conforte les ambitions affichées par l’État autour de Sotrabus. Dans le Rapport d’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), récemment publié par le ministère de l’Économie, cette entreprise figure parmi les cinq sociétés à capitaux nationaux appelées à devenir des « champions nationaux ». L’objectif poursuivi est de soutenir la transformation structurelle de l’économie à travers l’émergence d’un tissu industriel robuste et compétitif, conformément aux orientations de la SND30.

Le rapprochement en cours entre le ministère de la Défense et Sotrabus s’inscrit aussi dans une dynamique plus large : celle de l’implication croissante de l’armée camerounaise dans le processus d’industrialisation du pays. Début 2022, le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, avait mis sur pied un groupe de travail présidé par le chef d’État-Major des armées, le général René Claude Meka. Cette instance avait pour mission de réfléchir au développement des capacités militaro-industrielles de l’armée camerounaise.

Vers une plus grande autonomie en matière d’équipements de défense

À l’occasion de l’installation de ce groupe de travail, Joseph Beti Assomo avait souligné le rôle stratégique des forces de défense et de sécurité dans le développement industriel du pays. « Les forces de défense et de sécurité jouent un rôle pivot dans le processus permettant à un pays de muscler […] les filières industrielles dans la marche vers l’émergence économique », avait déclaré le ministre.

Au-delà de la contribution attendue de l’armée à l’industrialisation nationale, ce groupe de travail devait également identifier les moyens de renforcer l’autonomie stratégique du Cameroun en matière de défense. L’enjeu, selon le ministre, était de permettre aux forces de défense de « conquérir l’autonomie stratégique, afin de ne plus entièrement dépendre (des) partenaires étrangers pour leurs équipements de défense, se mettant ainsi à l’abri des contingences, des soubresauts des relations entre les États ».

Une logique d’import-substitution déjà à l’œuvre

Trois ans après cette inflexion stratégique, un atelier central de confection des armées et de la gendarmerie a été inauguré à Yaoundé le 25 septembre 2025. Selon les données officielles, cette unité dispose d’une capacité de production de 700 à 1 000 tenues par jour. Lors de la cérémonie d’inauguration, Joseph Beti Assomo s’était félicité d’un « tournant décisif » et d’un « changement de paradigme » au sein des forces de défense et de sécurité, désormais appelées à passer « d’une posture de consommation à celle de production industrielle ».

L’ouverture de cet atelier à Yaoundé a précédé la concrétisation de deux autres projets militaro-industriels évoqués le 30 juin 2023 à l’Assemblée nationale, lors d’une séance de questions orales adressées aux membres du gouvernement. Il s’agit de la construction d’une usine textile à Mengong, dans la région du Sud, et d’une usine de production de munitions à Garoua, dans la région du Nord, en partenariat avec des investisseurs turcs. À l’époque, le ministre de la Défense avait assuré que « les diligences domaniales et foncières » étaient achevées.

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