Allocution du Secrétaire général António Guterres à la cérémonie d’ouverture du Sommet Africa Forward

 


Nairobi, le 12 mai 2026

Monsieur le Président Ruto,

Monsieur le Président Macron,

Félicitations.

Félicitations pour avoir convoqué ce Sommet Africa Forward, et félicitations pour avoir forgé ce partenariat renouvelé entre la France et l’Afrique, au service du développement africain.

Vos Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le nom de ce Sommet résume à la fois le moment que nous vivons et la mission qui nous incombe.

Africa Forward.

Aller de l’avant, dans l’un des moments les plus turbulents que le monde ait connus de mémoire récente.

L’Afrique n’attend pas.

L’Afrique avance. L’Afrique montre la voie.

Les pays africains portent l’un des débats déterminants de notre époque : comment réformer une architecture financière mondiale conçue en 1945 pour un monde qui n’existe plus.

L’Afrique a joué un rôle de premier plan dans l’adoption du Pacte pour l’avenir par l’Assemblée générale des Nations Unies.

C’est le leadership africain qui permet de créer de nouveaux outils, comme la Plateforme des emprunteurs, afin que les pays débiteurs puissent parler d’une seule voix et négocier en position de force.

C’est le leadership africain qui remet en question le système de notation du crédit, qui prive trop de pays des instruments d’emprunt dont ils ont besoin.

C’est le leadership africain qui a contribué à garantir l’Engagement de Séville, afin d’accroître la capacité de prêt des banques multilatérales de développement, de mobiliser des capitaux privés à grande échelle et d’alléger le fardeau de la dette qui écrase les économies en développement.

C’est le leadership africain, à travers la Banque africaine de développement, qui fait avancer une vision audacieuse visant à réformer de l’intérieur l’architecture financière du continent, en mobilisant les ressources africaines au service des priorités et de la prospérité de l’Afrique.

L’Afrique porte une Convention-cadre des Nations Unies sur la coopération fiscale internationale, afin que les pays ne soient plus privés de ce qui leur revient de droit.

Je tiens à saluer les dirigeants africains qui ont compris qu’il est absolument essentiel de tout faire, grâce à des politiques et des stratégies adaptées, pour mobiliser une part beaucoup plus importante des ressources naturelles afin d’accélérer le développement du continent.

Et c’est le leadership africain, aux côtés des petits États insulaires et d’autres pays en développement en première ligne, qui a placé l’urgence climatique là où elle doit être : au centre de l’agenda mondial.

Ce continent n’attend pas des solutions.

Il les produit.

Mais soyons honnêtes sur les obstacles qui se dressent sur le chemin de l’Afrique.

Un système mondial conçu sans l’Afrique, et qui continue encore largement de fonctionner sans l’Afrique, perpétuant des injustices vieilles de plusieurs siècles.

Un continent de plus d’un milliard et demi d’habitants, sans siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies, comme l’a rappelé le Président Ruto.

Et sans la voix, la représentation ni le pouvoir de décision qu’il mérite au sein des institutions financières internationales qui façonnent son économie.

Ce n’est pas seulement l’Afrique qui y perd.

C’est le monde entier qui y perd lorsque la voix de l’Afrique n’est pas prise en compte.

Dans le même temps, comme nous le savons bien, l’aide publique au développement s’effondre.

Les budgets d’aide sont réduits, les partenariats se défont, les engagements sont remis en cause, au moment même où les besoins sont les plus grands.

Ce n’est pas seulement une crise du financement.

C’est une crise de la solidarité.

Prenons le changement climatique.

L’Afrique n’en est pas responsable, et pourtant le continent se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, en subissant les conséquences les plus dures : communautés déplacées, récoltes perdues et chocs économiques.

Les turbulences énergétiques mondiales actuelles, avec la volatilité des marchés des combustibles fossiles et la fragmentation du commerce, aggravent les tensions budgétaires, l’inflation et le ralentissement du développement sur l’ensemble du continent.

L’Afrique doit être au cœur de la justice climatique.

Le continent détient 60 pour cent du meilleur potentiel solaire mondial, mais ne reçoit que 2 pour cent des investissements mondiaux dans les énergies propres.

Avec les financements adéquats, l’Afrique pourrait produire, d’ici à 2040, 10 fois plus d’électricité qu’elle n’en a besoin, entièrement à partir d’énergies renouvelables.

Et pourtant, 600 millions d’Africains vivent sans électricité.

Un milliard de personnes dépendent encore de modes de cuisson polluants, une crise qui coûte 800 000 vies par an, principalement des femmes et des enfants, souvent loin des regards.

Et en moyenne, le continent fait face à des coûts d’emprunt deux fois plus élevés que ceux des pays de l’OCDE, drainant des ressources qui devraient servir à bâtir son avenir.

Ce n’est pas un verdict du marché sur l’Afrique.

C’est un verdict sur les injustices du système.

Le continent possède également d’immenses réserves de minéraux critiques indispensables à la transition verte.

Depuis trop longtemps, le schéma est le même :

les ressources de l’Afrique sont extraites, la valeur est captée ailleurs, et les dommages environnementaux restent sur place.

Le Groupe des Nations Unies sur les minéraux critiques pour la transition énergétique montre la voie :

des chaînes de valeur équitables, la transformation et la fabrication sur place, la transparence, le respect des normes environnementales et des droits humains, ainsi que des bénéfices réels pour les communautés touchées.

Plus d’exploitation.

Plus de pillage.

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