Gouvernance : entrez dans l’ère de la raison d’être
Par Edgard Added |
Car le nouveau mot
d’ordre n’est plus stratégie mais bien commun et responsabilité sociétale.
(HBR France) La raison d’être nouvelle génération est une véritable révolution culturelle. Nous
entrons dans une nouvelle ère de l’entreprise avec une conception tournée vers
l’intérêt général. La construction de la raison d’être s’articule dorénavant
autour de deux axes fondamentaux :
l’intérêt de l’actionnaire et l’intérêt
du bien commun. Elle est le résultat d’une
vocation business et d’une
innovation sociétale.
La raison d’être remplace désormais la vision stratégique de l’entreprise. Et
pourtant, de nombreux échanges, articles et études permettent de constater, de
la part des dirigeants d’entreprises, des hésitations à s’engager, des
difficultés à définir leur propre raison d’être, une incompréhension quant à la
portée de la raison d’être sur la gouvernance et une réticence sur la nécessité
d’inscrire la raison d’être dans les statuts ou encore… le risque de ne pas s’y
engager. Il s’agit d’ajuster la gouvernance et l’exercice
de la responsabilité au sein des entreprises.
Des enjeux stratégiques
Les dirigeants d’entreprise
sont soumis à une pression sociale, sociétale et humaine sans précédent. Les
investisseurs, les fournisseurs, les clients, les hauts potentiels, l’ensemble
des collaborateurs, et notamment les nouvelles générations, attendent de
l’entreprise qu’elle exprime une raison d’être ancrée sur de nouveaux
engagements placés au cœur de la gouvernance.
Une croissance durable dépend
du rôle et de la place de l’entreprise dans la cité : l’entreprise est dans la
société et la société est dans l’entreprise. La financiarisation de l’économie
a eu tendance à nous faire oublier que toute entreprise a une raison d’être :
apporter une contribution positive
à la société, chacune dans son
domaine d’excellence, pour soutenir l’accès du plus grand nombre de personnes
aux biens fondamentaux et à l’amélioration des conditions de vie. Cette
métamorphose de l’entreprise et la rapidité des changements conduisent les
conseils d’administration à repenser leur stratégie et leur vision pour faire
de la raison d’être un véritable avantage concurrentiel. Rester attractive et
survivre à l’échelle mondiale dépend dorénavant, pour l’entreprise, de sa
raison d’être. Elle doit être la boussole qui définit le cap, donne à
l’entreprise un nouveau sens, dessine une ambition collective, une vision
partagée de son futur. La raison d’être alignée avec celle des collaborateurs
et des parties prenantes deviendra un véritable moteur d’intelligence
collective, de performance durable, et un incontestable accélérateur de
création de business.
Des dérives à anticiper
Il faut nécessairement faire la
différence entre une raison d’être cosmétique et une raison d’être stratégique.
Depuis la remise au gouvernement du rapport de Nicole Notat et de
Jean-Dominique Senard (« L’Entreprise, objet d’intérêt collectif »), en mars
2018, la raison d’être a fait couler beaucoup d’encre. L’utilisation de slogans
publicitaires, l’organisation d’événements ad hoc, le « relooking »
d’entreprises en difficulté, ont contribué ainsi à fausser la donne d’un
nouveau souffle de l’entreprise. La raison d’être détermine un objectif
majeur : fixer les nouvelles orientations incarnées par les dirigeants. Le
devenir de ce qui s’avérait un véritable outil de management et de gouvernance
apparaît cependant bien fragile. « L’histoire des individus, des organisations
et des cultures montrent que nous ne cessons d’évoluer du stade de l’enfant qui
se projette ingénument dans l’avenir, à celui de l’adolescent capricieux en
quête d’identité, de celui d’adulte ouvert au monde capable de forger son
destin à celui du vieillard sage et distant. Au-delà de ces stéréotypes se
nichent les forces puissantes de la maturation. La raison d’être fait partie de
celle-ci : elle est ce qui reste à l’entité mûre pour continuer à avancer quand
on a tout perdu. Elle est le droit d’effacer ce que l’on a été pour affirmer ce
que l’on est devenu », explique la politologue et experte en prospective
Fabienne Goux-Baudiment. Comme le résume le directeur général d’un groupe
d’assurances mutualiste : « Le passage de la RSE à la raison d’être, incarne le
passage du 20e au 21e siècle. »
Une cause nationale
Bien que, in fine, la raison
d’être doive être inscrite dans les statuts, il faut laisser du temps au temps,
une période de maturation utile avant un engagement irréversible. Promouvoir a priori l’entreprise « à
mission » pourrait être un frein à la décision. La raison d’être n’est
pas une option : elle est une nécessité, la clé de voûte d’une exigence
citoyenne pour la gouvernance. Au fond, la finalité de la raison d’être est de
réaliser un rêve : celui de restaurer l’image des entreprises incomprises et
insuffisamment appréciées pour modifier enfin le regard que portent les
Français sur le monde de l’entreprise. Ainsi, inciter et engendrer
l’adhésion d’un nombre croissant d’entreprises par un leadership national
devrait être une priorité absolue et faire de la raison d’être une cause
nationale. « C’est parce qu’une entreprise est utile qu’elle est prospère, et
non l’inverse. L’entreprise profite à tous ceux qui y contribuent : ses
salariés, ses actionnaires, ses clients… mais aussi à ses fournisseurs et au
territoire sur lequel elle est implantée, et aux générations futures »,
souligne Antoine Frérot, P-DG de Veolia. La raison d’être repose avant
tout sur l’impulsion de valeurs qui contribuent à redynamiser les ressources humaines.
C’est plus qu’un concept : son originalité est d’impliquer l’ensemble des
collaborateurs pour créer un moteur d’intelligence collective et un levier de
performance durable.
Commentaires
Enregistrer un commentaire