6.21.2015

Croissance pour tous

Résultat de recherche d'images pour "croissance inclusive pour tous au cameroun"Par Rousseau-Joël FOUTE, Cameroon Tribune
Le 16 juin 2015 à Douala, à l’ouverture d’un atelier sous-régional sur le thème : « Mesurer l’exclusion humaine dans une optique de transformation structurelle - l’Indice africain de développement social », Iris Macculi, expert de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (Cea), a livré des chiffres interpellateurs. En affirmant qu’il y a 20 ans, l’Afrique comptait 180 millions de pauvres. En
fin 2015, a-t-il ajouté, ce nombre devrait passer à 400 millions. Cette triste réalité, pour les observateurs, est en même temps un énorme paradoxe, dans la mesure où aujourd’hui, l’Afrique est présentée comme le deuxième pôle de croissance au monde, juste derrière les pays émergents. Depuis une dizaine d’années, en effet, le continent enregistre une croissance économique sans précédent. Le niveau de croissance réel de son produit intérieur brut (Pib) s’est établi en moyenne à environ 5,5%, malgré les chocs divers. Cependant, en dépit de ces bonnes performances économiques, les conditions de vie des populations n’ont pas connu d’amélioration significative et la plupart des pays du continent enregistrent des taux de pauvreté encore élevés, à l’exception de l’Afrique du Sud, du Maroc, de la Tunisie et de l’Egypte. Dès lors, comment comprendre que dans la plupart des cas, cette croissance ne s’accompagne pas de réduction de la pauvreté ? Comment expliquer le fait que non seulement le nombre de pauvres augmente, mais, en plus, que les inégalités se creusent davantage ? Selon les statistiques disponibles à ce sujet, en Afrique subsaharienne, un enfant sur neuf meurt avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans, soit 16 fois plus que la moyenne des pays développés ; deux enfants africains sur cinq de moins de cinq ans présentent un retard de croissance ; 133 millions de jeunes africains sont analphabètes, la majorité étant des femmes. A coup sûr, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et que les économistes devraient expliquer. Ils font savoir justement que le taux de croissance démographique demeure plus élevé que celui de la croissance économique. D’où l’augmentation, en valeur absolue, du nombre de pauvres. En clair, le nombre de nouveau-nés est supérieur à la quantité de richesses créée. En outre, les bénéfices de cette croissance « ne sont pas partagés » équitablement. Il y a donc, d’une part, un petit groupe qui jouit des fruits de la croissance, et, d’autre part, des centaines de millions de laissés-pour-compte, abandonnés sur le bas-côté de la route. Que faire, dans ces conditions, pour inverser la tendance, afin que la croissance profite, sinon à tous, mais au moins au plus grand nombre ? A Abuja en 2014, lors d’une conférence internationale sur « l’industrialisation au service du développement inclusif et de la transformation en Afrique », Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Cea, a fait valoir que l’Afrique doit passer d’une croissance moyenne de 5 à 6% par an au taux magique de 7%, le minimum requis pour que doublent les revenus moyens en dix ans. Ensuite, soutient-il, l’Afrique doit s’industrialiser en transformant sur place ses abondantes matières premières exportées à tort à l’état brut. Seulement, prévient-il, l’industrialisation est une entreprise concurrentielle et l’Afrique doit trouver la recette-miracle qui fera d’elle « l’un des étages de l’usine du monde ». Comment ? D’après l’orateur, l’Afrique doit utiliser au mieux sa position de négociation, en maximisant la demande d’ajout de valeur dans les produits de base pour lesquels elle est en position dominante. Pour cela, elle doit mettre à profit ses atouts : 12% de réserves mondiales de pétrole, le plus grand potentiel d’énergie renouvelable, 40% de l’or mondial, 80 à 90% du chrome et du platine, 70% du coltan, 60% des terres arables inutilisées, 17% des forêts ou encore 53% du cacao du monde produits par deux pays, la Côte d’Ivoire et le Ghana. De plus, seulement 10% de tout ce que les Africains consomment sont des produits industriels, ce qui signifie que 90% doivent encore être transformés. Une situation qui génère une opportunité énorme d’investissement et de création d’emplois. Par ailleurs, l’essentiel du milliard d’habitants que compte l’Afrique est constitué de jeunes. En matière de production énergétique, le vaste potentiel de biomasse et d’énergie hydroélectrique, géothermique, éolienne et solaire doit être mis en valeur. Il suffit de capitaliser les connaissances scientifiques et techniques existantes en les adaptant à nos réalités. En troisième lieu, l’Afrique devrait tirer profit de sa consommation intérieure dynamique. Car la croissance de la population africaine, l’expansion de la classe moyenne et l’urbanisation rapide continueront d’accroître la demande de biens de consommation. Un créneau juteux pour l’industrie agro-alimentaire, qui doit répondre à cette demande d’aliments transformés, et une opportunité lucrative pour un grand nombre de petits exploitants agricoles, sans oublier les fournisseurs de services. Enfin, il est impératif de promouvoir une plus grande intégration régionale en Afrique, en levant les obstacles tarifaires et non-tarifaires qui entravent le commerce intra-africain.

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