7.22.2014

L’autoproduction, entre solution et débrouille cinématographique

Commerce, salaire, etc. L’actuelle génération de cinéastes camerounais recourt à différentes méthodes pour réaliser ses films.

« Le Blanc d’Eyenga 2 » verra-t-il le jour ? Si la réponse n’est pas affirmative, Thierry Ntamack, le réalisateur, lui veut y croire. Il y a un an, il a lancé un projet de financement participatif pour donner vie à la version 2.0 de son film. Le principe de cette méthode : faire du public un coproducteur. Cette technique utilise entre autres, Internet comme canal de mise en relation entre les producteurs du film et les personnes souhaitant investir dans le projet.
Cette pratique est assez vulgarisée sous d’autres cieux et dans des domaines autres que le cinéma, compte tenu des difficultés à trouver des financements. « Le cinéma, c’est l’affaire de tous. C’est pourquoi il me semble qu’il est du devoir de tous de s’impliquer socialement et financièrement pour la cause cinématographique de notre pays, car un film bien fait redonne à un peuple sa fierté », rappelait Thierry Ntamack, qui envisageait à l’époque deux soirées de gala à Yaoundé et à Douala pour collecter des fonds.
La génération actuelle de réalisateurs camerounais est face à de gros soucis financiers, qui handicapent le 7e art. Pour se donner une bouffée d’air, chacun y va de sa méthode. L’autoproduction prend alors des allures de débrouille. Nombre de réalisateurs ont déclaré avoir monté une activité parallèle pour trouver de l’argent. En général, les mots qui reviennent sont commerce, business, cotisations de famille et d’amis, mais surtout le salaire.
Pour ce dernier cas, Armand Richard Enama, plaide coupable. Le réalisateur de « La poudre aux yeux », un court-métrage de 26 minutes en compétition au festival Vues d’Afrique 2014, avoue : « Etant employé dans une chaîne de télévision, j’ai utilisé mon salaire pour subvenir entre autres aux frais de locomotion des acteurs et autres personnels du film. » En revanche, il n’a pas eu besoin de sortir des sous pour le cachet des acteurs. Armand Richard Enama s’est entouré d’amis passionnés du métier, qui se sont dévoués gratuitement...
A force de remuer ciel et terre, la chance finit par sourire à certains. Rosalie Mbele Atangana, réalisatrice de  « Fortuna, la maman de la maman », film-documentaire de 26 minutes, également présenté au festival Vues d’Afrique 2014, a obtenu « la collaboration du Conseil international des radios et télévisions d’expression française (Cirtef) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). » Un cas rare. Pourquoi le cinéma camerounais attire difficilement ou pas du tout les producteurs locaux et étrangers ?
Les raisons du désamour
De l’avis de nombreux observateurs, les investisseurs sont effrayés par la durée éphémère des réalisateurs camerounais et de leurs films à la qualité douteuse, tant au niveau technique qu’artistique. Autre objet de leur réticence, le manque de salle de cinéma. Où va-t-on regarder les films pour lesquels ils débloquent autant d’argent ? Aucun producteur ne se risquerait à débourser des centaines de millions de F pour un film qu’on verra à la faveur d’un festival, ou que des copains visionneront en s’échangeant un DVD. Nathan Kaweb réalisateur du court-métrage « Surplus », présent lors de la 9e édition des Rencontres internationales des films courts en novembre 2013, est d’avis que : « la distribution est le premier problème du cinéma au Cameroun. »>>>

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