4.10.2014

Crédits bancaires : remboursez !

ct090414.jpgPar ESSAMA ESSOMBA, Cameroon Tribune, 07-04-2014
En convoquant près de 300 débiteurs du Crédit foncier du Cameroun (Cfc) devant l’agence de cette institution à Yaoundé, le ministre délégué à la présidence chargé du contrôle supérieur de l’Etat vient de donner une allure plus coercitive au recouvrement des créances dues, depuis des années pour certaines personnes, au Cfc. L’objectif poursuivi est connu : recouvrer 53 milliards Fcfa empruntés par des institutions et des particuliers (27 milliards) qui ne pouvaient ou ne songeaient plus à les rembourser malgré les clauses contractuelles et contribuer ainsi à l’assainissement financier du Cfc. Il apparait que c’est une nouvelle étape de la campagne de recouvrement lancée par les responsables du Crédit foncier du Cameroun en octobre 2012.

Le crédit foncier du Cameroun n’a pas l’exclusivité de clients qui ne remboursent pas leurs crédits. Le phénomène du non-remboursement des créances notamment bancaires est bien connu depuis de longues années dans notre pays. Les statistiques du Conseil national du crédit(CNC) révèlent que le montant des créances brutes en souffrance au Cameroun s’élevait à 328 milliards au 31 décembre 2013. Sans être exhaustif, il est loisible de rappeler que la crise économique que le Cameroun a connue dans les années 1980 n’a pas épargné le secteur bancaire. Les faillites des établissements bancaires ou financiers se sont multipliées. Parmi les causes de ces faillites bancaires figurent le non-remboursement des crédits par des personnes physiques ou morales. Ce non-remboursement a été expliqué par diverses raisons, notamment : la mauvaise foi de nombreux clients dont certains étaient déclarés morts ; l’octroi de crédits hors des critères requis mais à travers des parrainages politiques ou autres ; les fausses garanties ; les détournements d’argent voire de fonds publics ; la complaisance, l’incompétence ou la complicité de certains responsables d’institutions financières publiques ou privées. Il n’est un secret pour personne que des institutions telles que le FOGAPE et des banques telles que le Crédit agricole, la BIAO pour n’évoquer que ces cas ont été victimes, entre autres maux, de créances douteuses.
Les conséquences économiques et financières des dérives évoquées sont désastreuses pour le pays et pour les citoyens. La restructuration bancaire s’est faite dans la douleur : 4000 emplois supprimés, 104 guichets de banque démantelés. Certains établissements financiers comme certaines banques ont été déclarés en faillite. A l’instar du FOGAPE, qui a failli à ses missions, mettant en difficulté de nombreuses petites et moyennes entreprises qui comptaient sur cette institution. Il n’est pas évident que tous les épargnants des institutions bancaires floués à cause des faillites aient pu rentrer dans leurs droits à ce jour. S’agissant du Crédit foncier, financé en grande partie par des retenues salariales obligatoires opérées chez les travailleurs, il ne peut évidemment accomplir ses missions de service public, particulièrement la facilitation de l’accès à un habitat décent aux citoyens éligibles, lorsque les crédits octroyés ne sont pas remboursés. De nombreux Camerounais sont ainsi spoliés de leurs droits, faute de ceux qui, par des méthodes mafieuses et criminelles, peuvent se faire accorder des crédits qu’ils ne remboursent pas.
L’intervention du CONSUPE, en ce qui concerne le Crédit foncier du Cameroun sonne l’alarme devant les débiteurs : remboursez ! Intervenant après les multiples rappels aux remboursements effectués par les responsables du Cfc, elle ne paraît pas seulement coercitive. Elle annonce la fin de l’impunité. Ceux qui ont bénéficié de crédits dans les institutions financières publiques, voire dans les banques, doivent payer. L’Etat et les institutions financières concernées doivent prendre des dispositions afin d’y parvenir et pour générer un système plus discipliné et plus soucieux des règles prudentielles.

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